Dette américaine : qui finance Washington ? Les grands détenteurs étrangers de bons du Trésor
La dette fédérale des États-Unis a franchi un cap symbolique à l’automne 2025 : au 21 octobre, la dette brute a dépassé 38 000 milliards de dollars, dont environ 80% correspond à la dette détenue par le public (investisseurs domestiques et étrangers), le reste étant une dette « intragouvernementale ». Dans ce paysage, les bons du Trésor restent l’instrument central de financement de Washington — et une partie importante est détenue hors des États-Unis.
Les données mensuelles du Treasury International Capital (TIC), compilées à partir des déclarations de dépositaires et d’intermédiaires basés aux États-Unis, permettent de suivre les principaux détenteurs étrangers de titres du Trésor* américain.
À fin novembre 2025, le total des avoirs étrangers de Treasuries atteint 9 355 milliards de dollars, en hausse de 113 milliards par rapport à octobre (9 243 milliards). Les trois premiers détenteurs restent :
- Japon : 1 203 milliards
- Royaume-Uni : 889 milliards
- Chine : 683 milliards
Le Japon demeure ainsi la principale source de financement extérieure parmi les pays identifiables, tandis que le Royaume-Uni conserve un rang élevé — un point souvent interprété comme le reflet de son rôle de place de garde (custody) pour des investisseurs internationaux.
Sur un an (novembre 2025 vs novembre 2024), les données TIC montrent surtout une hausse nette des avoirs étrangers en bons du Trésor américain : le total passe de 8 723 Md$ à 9 355 Md$, soit +632 Md$ (+7,2%). Parmi les principaux détenteurs, le Royaume-Uni progresse de +122 Md$ (de 767 à 889 Md$) et le Japon de +116 Md$ (de 1 087 à 1 203 Md$), tandis que la Chine recule de -86 Md$ (de 769 à 683 Md$).
Les hausses les plus marquées en valeur sur la période incluent aussi la Belgique (+120 Md$, de 361 à 481 Md$) et le Canada (+100 Md$, de 372 à 472 Md$). Du côté des avoirs officiels (banques centrales et entités publiques), l’encours augmente plus modestement : 3 862 Md$ → 3 922 Md$ (+60 Md$, soit +1,5%), avec un glissement interne notable : les T-bills officiels montent (+81 Md$) alors que les notes & bonds officiels diminuent (-21 Md$).
Le tableau TIC distingue aussi la part dite « foreign official » (institutions publiques : banques centrales, entités souveraines). En novembre 2025, elle atteint 3 922 milliards, contre 3 880 milliards en octobre. À l’intérieur de ce bloc, les T-bills officiels représentent 386 milliards, et les notes & bonds officiels 3 536 milliards.
Principaux détenteurs étrangers de titres du Trésor américain (en milliards de dollars)
| Pays | 2025-11 |
| Japon | 1203 |
| Royaume-Uni | 889 |
| Chine continentale | 683 |
| Belgique | 481 |
| Canada | 472 |
| Îles Caïmans | 427 |
| Luxembourg | 426 |
| France | 376 |
| Irlande | 340 |
| Taïwan | 313 |
| Suisse | 300 |
| Singapour | 272 |
| Hong Kong | 256 |
| Norvège | 219 |
| Inde | 187 |
| Brésil | 168 |
| Arabie saoudite | 149 |
| Corée du Sud | 145 |
| Allemagne | 110 |
| Israël | 108 |
| Source: Treasury International Capital (TIC) | |
Pour les États-Unis, cette base d’acheteurs — publics et privés, domestiques et étrangers — est une clé de la stabilité du financement fédéral. Pour le reste du monde (y compris les économies émergentes), elle rappelle que la liquidité globale et les flux de capitaux restent étroitement liés au marché des Treasuries, où les décisions des grands détenteurs (et les conditions de taux) peuvent se répercuter sur les devises, les coûts de financement et l’appétit pour le risque.
* Le Trésor rappelle toutefois une limite importante : des titres conservés via des comptes de garde (custody) peuvent être attribués au pays du dépositaire plutôt qu’au propriétaire final, ce qui rend l’attribution par pays imparfaite.

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