Jacmel mise sur le solaire pour stabiliser son électricité
Le jeudi 15 janvier 2026, le gouvernement haïtien a signé un contrat pour la construction d’une centrale solaire photovoltaïque à Jacmel. L’accord a été signé entre le ministère des Travaux publics, Transports et Communications (MTPTC), à travers l’Autorité nationale de régulation du secteur de l’énergie (ANARSE), et l’entreprise dominicaine ESD Engineering Services S.R.L.
Ce projet, financé par la Banque mondiale à hauteur d’environ 7 millions de dollars américains via le programme Scaling Up Renewable Energy in Low Income Countries (SREP), vise à répondre à une réalité bien connue des habitants de Jacmel : des coupures d’électricité prolongées, coûteuses et pénalisantes pour l’activité économique locale.
La centrale solaire, qui sera implantée à Mont-Fleuri, dans la 6e section communale, disposera d’une capacité installée de 4 mégawatts (MW), avec une production minimale garantie de 3,35 MW. Elle sera couplée à un système de stockage par batteries lithium-ion de 6 mégawattheures (MWh), une composante essentielle pour assurer la continuité du service électrique, notamment en soirée ou en cas de faible ensoleillement.
Le projet inclut également l’extension du réseau électrique local, avec l’installation d’environ 4 kilomètres de lignes basse tension et 7 kilomètres de lignes moyenne tension (23 kV). Cette modernisation du réseau permettra d’améliorer la distribution et de réduire les pertes techniques.
Grâce à une technologie dite grid-forming, la centrale sera capable de stabiliser le réseau même en cas d’arrêt de la centrale thermique existante, un enjeu crucial dans une zone où la production repose encore largement sur des combustibles fossiles importés.
Haïti a été sélectionnée en juin 2014 comme pays bénéficiaire du programme SREP, qui opère sous l’égide du Strategic Climate Fund, lui-même intégré aux Climate Investment Funds. L’objectif du programme est de démontrer la viabilité économique, sociale et environnementale d’un modèle de développement à faible émission de carbone, tout en élargissant l’accès à l’électricité.
L’électrification d’Haïti a été, ces dernières années, une promesse politique devenue priorité nationale. L’ancien président Jovenel Moïse en avait fait une mission, avec des investissements visant la réhabilitation d’infrastructures, la construction de nouvelles capacités et l’extension du réseau. Dans plusieurs zones longtemps privées d’électricité, un courant plus régulier avait commencé à réapparaître, parfois pour la première fois depuis des années.
Mais cette orientation a aussi révélé une réalité structurelle : le secteur de l’énergie est traversé par des intérêts économiques puissants, notamment autour de la production thermique et du commerce des génératrices. Pour ces acteurs, un réseau public plus fiable représente une perte de marché. La dynamique de réforme s’est donc heurtée à des résistances fortes, dans un contexte déjà marqué par l’instabilité.
L’assassinat du président Moïse, en juillet 2021, a interrompu cet élan avant son aboutissement. Aujourd’hui, chaque nouveau projet — notamment dans le solaire et le stockage — rappelle qu’améliorer l’accès à l’électricité ne relève pas seulement de la technique : c’est aussi un enjeu de gouvernance, d’équilibre d’intérêts et de souveraineté économique.

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