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constitution d'Hayiti 1805

La crise haïtienne n’est pas un échec

Ce qui ressemble au chaos en Haïti est en réalité l’ordre voulu : un système construit pour préserver le pouvoir, la dépendance et le désespoir. Réparer Haïti exige de démanteler cet ordre de contrôle et de revenir à l’Idéal Dessalinien, fondé sur la souveraineté, la justice et l’unité.

Il n’y a aucune volonté réelle de résoudre la crise en Haïti, ni de la part de la communauté internationale, ni de ceux qui sont au pouvoir, ni même de la part de la population. Le chaos qui règne dans le pays n’est pas un échec de gouvernance ; il est le résultat d’une conception délibérée qui a parfaitement fonctionné pour ceux qui en bénéficient.

La communauté internationale a dépensé des milliards de dollars en missions étrangères et en interventions militaires, tout cela au nom de la stabilisation d’Haïti. Quel en est le résultat ? Rien d’autre qu’une dépendance accrue et une insécurité croissante. Des milliards gaspillés, aucun progrès réalisé, car l’objectif n’a jamais été la paix.

La « récompense » d’Haïti pour avoir vaincu l’esclavagisme il y a deux siècles est une instabilité chronique – provoquée par l’étranger et administrée par l’élite – reproduisant les relations de pouvoir coloniales que Dessalines refusait. L’objectif est de prouver que les Haïtiens ne peuvent pas se gouverner eux-mêmes et de justifier le maintien du contrôle étranger.  Toutefois, le contrôle étranger ne pourrait à lui seul perdurer sans ses agents locaux – l’élite haïtienne qui maintient le système intact et le régénère lorsqu’il est à l’agonie.

Le pays est le miroir de son élite, reflétant non pas la volonté du peuple, mais les désirs de ceux qui lui donnent le pouvoir. Le système décide qui possède le pouvoir et qui n’en possède pas, récompensant les plus soumis tout en érigeant des barrières pour ceux qui refusent d’obéir. Ainsi, à l’intérieur du pays, les élites politique, économique, sociale, intellectuelle, militaire et policière agissent comme les fidèles gardiennes de cet ordre néocolonial. Trop corrompus et trop serviles pour imposer une véritable solution nationale, ces intermédiaires de la dépendance maintiennent le pouvoir en protégeant leurs privilèges tout en sapant la souveraineté du pays.

Quant à la population, elle est victime d’une guerre psychologique et économique qui dure depuis deux siècles. Après l’assassinat de Dessalines, une attaque persistante contre l’Haïtianité a miné la conviction de la nation. Des générations entières ont appris à intérioriser la responsabilité des dommages causés par autrui. Dans cette distorsion, l’auto-condamnation remplace la responsabilité, rendant plus facile de blâmer les pauvres pour leur misère que d’attaquer le système qui la perpétue.

Si la maxime classique primum vivere n’est pas garantie, la survie devient la seule idéologie. Les citoyens ordinaires, écrasés par la pauvreté, échangent leur dignité contre mille gourdes ou un repas chaud offert par le système même qui les maintient opprimés. Les policiers, payés de misère, deviennent des instruments de répression pour quelques gourdes supplémentaires. La pauvreté est ainsi devenue l’outil de contrôle idéal : bon marché et brutalement efficace.

Les forces de sécurité du pays sont contrôlées et compromises. L’armée et la police nationales, dirigées par des locaux fidèles aux puissances étrangères, ne sont pas incapables de lutter contre les gangs. Formées par des étrangers et, dans certains cas, même au service de gouvernements étrangers, elles n’ont tout simplement pas le droit de le faire. De plus, les rapports font état d’une corruption et d’une infiltration profondes, et pourtant, au lieu de réformes, Haïti reçoit un nouveau contingent de troupes étrangères.

La gangstérisation d’Haïti n’est que l’une des dernières armes en date de cette longue guerre. Les gangs ne sont pas apparus de nulle part ; ils sont la continuation de la même machine qui a toujours divisé et terrorisé le peuple haïtien. L’un des principaux objectifs des dernières violences est de détruire ce qui reste de la classe moyenne, d’étrangler l’économie rurale et de bloquer toute tentative d’autosuffisance. Des fermes ravagées de l’Artibonite aux tentatives de blocage d’un canal censé soutenir l’agriculture – et à l’arrestation douteuse du pasteur Moïse – le schéma est clair : déraciner le pays par des « campagnes de rejetés », punir les insoumis, étrangler la production alimentaire et échanger l’indépendance contre une dépendance étrangère.

La crise haïtienne n’est pas un échec. Elle est le résultat d’un système parfaitement fonctionnel, conçu pour maintenir la nation faible, divisée et dépendante. Cette catastrophe contrôlée perdure grâce à la complicité de puissances étrangères, d’élites nationales et d’un peuple accablé par le désespoir. Réparer Haïti exige de démanteler cet ordre de contrôle et de revenir à l’Idéal Dessalinien, fondé sur la souveraineté, la justice et l’unité. Ce n’est qu’en nous réappropriant cette vision que nous, Haïtiens, pourrons achever ce que Dessalines a commencé : bâtir une nation au service de son peuple, sans distinction de classe ou de couleur, et non de ceux qui profitent de ses souffrances.

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