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Les envois de fonds de la diaspora : un moteur de l’économie haïtienne

Les envois de fonds de la diaspora représentent une ressource essentielle pour l’économie haïtienne. En 2018, ils ont atteint près de 3 milliards de dollars, soit environ 31 % du PIB, soutenant directement les ménages tout en exposant Haïti aux évolutions économiques et migratoires des pays d’accueil.

En 2018, les envois de fonds dans le monde ont atteint environ 689 milliards de dollars, contre 633 milliards en 2017, soit une hausse de 9.0 %, selon la Banque mondiale. Pour les pays à revenu faible et intermédiaire, ces transferts ont atteint 529 milliards de dollars, en progression de 9.6 % par rapport à 2017.

Haïti a reçu environ 3 milliards de dollars de transferts en 2018. Ce montant représentait près du tiers du PIB du pays, illustrant le poids exceptionnel de la diaspora dans l’économie haïtienne.

À l’échelle des pays à revenu faible et intermédiaire, les transferts de fonds constituaient une source de financement extérieur particulièrement importante. Selon la Banque mondiale, ils étaient supérieurs à l’aide publique au développement et, en excluant la Chine, dépassaient également les investissements directs étrangers.

Une forte dépendance aux transferts de fonds

Le degré de dépendance aux transferts varie considérablement d’un pays à l’autre. Dans les Caraïbes, certains pays dépendent particulièrement de ces flux pour soutenir les revenus des ménages et fournir des devises à leur économie.

Haïti figurait en 2018 parmi les pays les plus dépendants des transferts de fonds. La Banque mondiale le classait également parmi les cinq économies du monde où les transferts représentaient la plus forte proportion du PIB, aux côtés des Tonga, de la République kirghize, du Tadjikistan et du Népal.

Cette dépendance signifie que les transferts ne constituent pas seulement une source de revenus pour certaines familles. Leur importance est suffisamment grande pour avoir des répercussions sur la consommation, l’accès aux devises et, plus largement, l’activité économique.

Envois de fonds en Amérique latine et dans les Caraïbes en 2018

(Pourcentage du PIB, 2018)

  • 50%

Haïti

33.6%

Le Salvador

21.1%

Honduras

19.9%

Jamaïque

15.9%

Guatemala

12.1%

Nicaragua

11.2%

La Dominique

9.6%

République Dominicaine

8.4%

Guyane

7.9%

Saint Vincent et la Grenadine

5.0%

Source: World Bank, IMF Balance of Payments Statistic

Des montants considérables par rapport aux finances publiques

En 2017, environ 2 millions d’Haïtiens vivaient à l’étranger. Au cours des dix années précédentes, les transferts de fonds vers Haïti avaient atteint en moyenne 1.98 milliard de dollars par an.

Ces montants sont particulièrement significatifs lorsqu’ils sont comparés aux ressources disponibles dans l’économie haïtienne. Pour l’exercice 2017-2018, les dépenses totales du gouvernement s’élevaient à environ 2.2 milliards de dollars, sur la base du taux de change moyen de cet exercice, tandis que les transferts reçus par Haïti ont atteint environ 3 milliards de dollars en 2018.

Autrement dit, en une seule année, les sommes envoyées de l’étranger représentaient un montant supérieur à l’ensemble des dépenses publiques exprimées en dollars pour l’exercice considéré.

Un phénomène mondial

Haïti n’est cependant pas l’un des plus grands bénéficiaires en valeur absolue.

En 2018, les cinq principaux pays destinataires des transferts de fonds étaient :

  • l’Inde : 78.6 milliards de dollars ;
  • la Chine : 67.4 milliards ;
  • le Mexique : 35.7 milliards ;
  • les Philippines : 33.8 milliards ;
  • l’Égypte : 28.9 milliards.

La situation change complètement lorsque les transferts sont mesurés en proportion du PIB. Les pays recevant les montants les plus élevés en dollars sont généralement de grandes économies, tandis que les ratios les plus élevés par rapport au PIB se retrouvent souvent dans des économies beaucoup plus petites.

En 2018, les cinq principaux bénéficiaires en pourcentage du PIB étaient les Tonga, la République kirghize, le Tadjikistan, Haïti et le Népal.

Cette distinction est importante. Trois milliards de dollars représentent une fraction relativement limitée de l’économie d’un grand pays, mais un montant de cette ampleur peut avoir une influence considérable dans une économie de la taille de celle d’Haïti.

Evolution des envois de fonds en Haïti

En milliards de dollars (2009-2018)


3.01.50.0
1.38
2009
1.47
2010
1.55
2011
1.61
2012
1.78
2013
1.98
2014
2.20
2015
2.36
2016
2.46
2017
2.99
2018


Source: World Bank

La progression sur cette période montre que les transferts de la diaspora ont pris une place croissante dans l’économie haïtienne. Entre 2009 et 2018, leur valeur a plus que doublé.

Un soutien économique majeur, mais aussi une vulnérabilité

Les envois de fonds provenant de l’étranger constituent un apport économique majeur pour de nombreux pays en développement. Ils fournissent directement des ressources aux ménages, soutiennent la consommation et apportent des devises aux économies bénéficiaires.

Ils présentent également une certaine stabilité par rapport à d’autres flux financiers internationaux. Le rapport de la Banque mondiale souligne que les transferts vers les pays à revenu faible et intermédiaire sont plus importants que l’aide publique au développement et plus stables que certains flux de capitaux privés.

Cette stabilité ne signifie toutefois pas qu’ils sont sans risque. La capacité des migrants à envoyer de l’argent dépend notamment de l’emploi, des salaires et de leur situation dans les pays où ils vivent. Une dégradation importante des conditions économiques ou migratoires dans les principaux pays d’accueil peut donc avoir des répercussions sur les familles restées au pays.

La taille de la diaspora et celle de l’économie nationale sont deux éléments particulièrement importants. Dans un petit pays disposant d’une importante population à l’étranger, les changements affectant les revenus de la diaspora peuvent avoir des conséquences disproportionnées sur l’économie intérieure.

Les États-Unis jouent un rôle déterminant

Cette vulnérabilité est particulièrement importante pour Haïti en raison du poids des États-Unis dans les mouvements internationaux de transferts. En 2017, les États-Unis étaient le premier pays émetteur de transferts de fonds au monde, avec environ 68 milliards de dollars de sorties. Ils étaient suivis par les Émirats arabes unis avec environ 44 milliards de dollars et l’Arabie saoudite avec 36 milliards.

Pour Haïti, l’importance de la population haïtienne vivant aux États-Unis renforce cette relation. Lorsque l’emploi et les revenus progressent aux États-Unis, les travailleurs haïtiens disposent généralement de davantage de ressources pour soutenir leurs proches. À l’inverse, une détérioration du marché du travail ou une modification importante de la politique migratoire peut réduire la capacité de certains migrants à envoyer régulièrement de l’argent.

Le rapport de la Banque mondiale identifiait d’ailleurs parmi les risques pesant sur les transferts internationaux le ralentissement de la croissance mondiale, les incertitudes politiques, les restrictions commerciales et la montée des sentiments hostiles à l’immigration dans certains pays d’accueil.

Le TPS, une source d’incertitude

En 2018, le statut migratoire de certains Haïtiens vivant aux États-Unis constituait également une source d’incertitude. De nombreux Haïtiens étaient autorisés à vivre et à travailler aux États-Unis dans le cadre du Temporary Protected Status (TPS), ou statut de protection temporaire. Cependant, l’administration américaine cherchait alors à mettre fin à cette protection.

Selon les estimations du Pew Research Center utilisées à l’époque, environ 100 000 immigrants non autorisés originaires d’Haïti vivaient aux États-Unis en 2016, tandis qu’environ 46 000 Haïtiens bénéficiaient du TPS en 2018.

Une partie de cette population participait au soutien financier de familles vivant en Haïti. Une perte du droit au travail, une baisse des revenus ou un départ des États-Unis pouvait donc affecter la capacité de certains ménages à continuer d’envoyer de l’argent.

Le risque dépassait ainsi largement la situation individuelle des migrants concernés. Dans une économie où les transferts représentaient environ le tiers du PIB, les changements économiques ou migratoires touchant une partie importante de la diaspora pouvaient également avoir des répercussions en Haïti.

Une force qui révèle aussi une faiblesse structurelle

Les transferts de fonds constituent l’un des liens économiques les plus importants entre Haïti et sa diaspora. Ils permettent à de nombreux ménages de financer des dépenses quotidiennes et apportent au pays plusieurs milliards de dollars de ressources extérieures.

Cette contribution représente une force considérable. Mais le poids des transferts révèle également une vulnérabilité structurelle : une part importante des ressources disponibles dans l’économie dépend de revenus gagnés en dehors du territoire national.

L’enjeu pour Haïti n’est donc pas de réduire le rôle de la diaspora. Il est de parvenir à mieux transformer cette relation économique en capacité productive : davantage d’investissement, d’entreprises, d’emplois et de création de richesse à l’intérieur du pays. Les transferts peuvent soutenir les ménages et amortir certaines difficultés économiques. Ils ne peuvent cependant remplacer durablement une économie capable de produire suffisamment de revenus et d’emplois sur son propre territoire.

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