Construire à Miami quand l’État s’effondre en Haïti : une priorité difficile à défendre
Le lancement du projet de reconstruction du Consulat général d’Haïti à Miami est un symbole troublant des priorités d’un gouvernement de transition dans un pays en crise profonde. Cette initiative donne l’impression d’autorités déconnectées de la réalité du terrain et peu sensibles à la précarité quotidienne de la population haïtienne. Elle soulève ainsi une question centrale : quelles devraient être les vraies priorités nationales d’un gouvernement de transition dans un pays où l’État peine déjà à répondre aux urgences les plus élémentaires ?
Le gouvernement a officiellement lancé les travaux du nouveau consulat en présence du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, de la ministre des Affaires étrangères et d’autres responsables diplomatiques. Le problème n’est pas de nier l’importance de la diaspora haïtienne en Floride ni le besoin d’améliorer les services consulaires. Un consulat fonctionnel peut être utile à des milliers d’Haïtiens vivant à l’étranger. Mais dans le contexte actuel, le calendrier et le symbole sont difficiles à défendre.
Haïti n’a pas organisé d’élections nationales depuis 2016, et le processus électoral reste encore incertain. L’inscription des électeurs, prévue pour avril 2026, a été reportée sans nouvelle date précise, alors que le pays attend sa première présidentielle en près d’une décennie. Parallèlement, la Banque de la République d’Haïti et la Banque mondiale indiquent que l’économie haïtienne s’est contractée pour une septième année consécutive en 2025, sous l’effet de l’insécurité et de l’effondrement de plusieurs secteurs.
Dans ce contexte, un gouvernement qui se présente comme prudent dans ses dépenses devrait d’abord démontrer une discipline budgétaire exemplaire. Le Palais national reste à reconstruire depuis le séisme de 2010. Il n’y a pas de Parlement en fonctionnement. Les infrastructures publiques sont délabrées. Cap-Haïtien, devenu un centre stratégique alors que Port-au-Prince est largement paralysée par l’insécurité, fait face à des problèmes graves d’assainissement, de drainage, de voirie et de collecte des déchets. Le système de santé, lui aussi, est dans un état critique, avec des hôpitaux fermés ou à peine fonctionnels dans plusieurs régions.
La question n’est donc pas seulement financière. Elle est politique et morale. Un Premier ministre de transition, sans mandat populaire et sans contrôle parlementaire effectif, devrait concentrer son action sur l’essentiel : sécurité, services de base, infrastructures prioritaires et organisation d’élections crédibles.
Construire à Miami pendant que l’État peine à fonctionner en Haïti envoie un mauvais signal. La priorité d’un gouvernement de transition ne devrait pas être d’élargir son empreinte immobilière à l’étranger, mais de préparer le retour d’un pouvoir légitime, choisi par les citoyens haïtiens.

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