Royal Caribbean prolonge la suspension de ses escales à Labadee, en Haïti
Royal Caribbean a annoncé l’extension de la suspension de ses escales à Labadee, sa destination privée en Haïti, jusqu’en décembre 2026, invoquant des raisons de sécurité. Cette décision prolonge une pause déjà en place depuis avril 2025 et signifie qu’aucun navire de la compagnie n’aura accosté à Labadee pendant au moins près de deux ans. Dans un communiqué, la compagnie explique agir « par excès de prudence », précisant suivre l’évolution de la situation sécuritaire en Haïti, en particulier à Port-au-Prince.
Labadee occupe une place particulière dans l’industrie des croisières. Il s’agit d’un site isolé, détenu et exploité par Royal Caribbean, sans interaction directe avec les infrastructures portuaires classiques du pays. Pourtant, malgré ce caractère fermé, la dégradation générale de la situation sécuritaire en Haïti — état d’urgence décrété depuis mars 2024, contrôle territorial croissant des gangs, avertissement de niveau 4 (« Do not travel ») du Département d’État américain — a fini par peser sur la décision du groupe. Les préoccupations exprimées par les autorités américaines, y compris la U.S. Coast Guard, concernant la sécurité des ports haïtiens, ont renforcé cette approche de précaution maximale.
Sur le plan économique, l’impact dépasse largement le symbole. Labadee représente l’un des rares points d’entrée touristiques encore opérationnels ces dernières années, générant des emplois directs et indirects, des revenus logistiques et des flux de devises. Lors de la publication des résultats financiers du quatrième trimestre 2025, le PDG de Royal Caribbean Group, Jason Liberty, a qualifié la fermeture prolongée de Labadee de « headwind », tandis que le directeur financier a indiqué un impact négatif de 0,05 dollar par action sur les résultats, combiné à des événements climatiques défavorables. Si l’effet reste marginal pour le groupe, il est significatif pour une économie haïtienne déjà en récession prolongée.
La réaffectation massive des escales vers d’autres destinations — Bahamas, République dominicaine, Turks & Caicos, Mexique, Jamaïque ou encore Porto Rico — illustre aussi un déplacement durable des flux touristiques régionaux au détriment d’Haïti. Or, les ports de croisière sont planifiés plusieurs années à l’avance, ce qui rend un retour rapide peu probable, même en cas d’amélioration sécuritaire à court terme.
Au-delà de Royal Caribbean, cette décision met en lumière un enjeu plus large : tant que l’insécurité structurelle persistera, même des enclaves touristiques isolées resteront exposées aux décisions de retrait des acteurs internationaux. Pour Haïti, la prolongation de la fermeture de Labadee n’est pas seulement une question de tourisme, mais un rappel brutal du coût économique de l’instabilité politique et sécuritaire — un coût qui se traduit par des pertes de revenus, d’emplois et d’opportunités dans un pays qui en manque déjà cruellement.

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