Austérité, blocages budgétaires et chocs commerciaux aux États-Unis : quelles conséquences pour Haïti ?
L’économie haïtienne est déjà soumise à une pression extrême – six années consécutives de contraction et une septième récession prévue jusqu’en 2025 – et tout choc négatif en provenance des États-Unis a tendance à frapper durement et rapidement les Haïtiens.
L’argent envoyé de l’étranger est vital pour Haïti ; il représente en moyenne 20 à 25 % du PIB ces dernières années, soit l’une des proportions les plus élevées au monde. Si les ménages américains voient leurs revenus diminuer en raison de coupes budgétaires, de réductions des prestations sociales ou de pertes d’emplois liées au ralentissement économique, les envois de fonds peuvent chuter, et Haïti en ressent immédiatement les effets.
Aux États-Unis, Le processus budgétaire de 2025 et les propositions connexes ont mis l’accent sur la réduction des dépenses fédérales, notamment celles de Medicaid et du SNAP. Des analystes indépendants avertissent que d’importantes coupes pourraient avoir des répercussions sur les économies des États et les budgets des ménages ; le non-renouvellement des crédits d’impôt pour les primes d’assurance maladie (ACA) au-delà de 2025 entraînerait également une hausse des coûts pour des millions de personnes.
Pour les familles immigrées et de la diaspora, qui envoient de l’argent à leurs proches, cela réduit considérablement leurs revenus disponibles à transférer.
À cela s’ajoute le blocage persistant des services de l’administration américaine (le plus long jamais enregistré), qui a mis à rude épreuve les programmes de nutrition et pourrait retarder ou réduire les versements d’aide alimentaire (le programme WIC étant le plus menacé ; le programme SNAP étant confronté à des perturbations et des problèmes de calendrier), ce qui représente une nouvelle difficulté pour les familles à faibles revenus, dont beaucoup sont issues des communautés haïtiennes.
Les États-Unis ont augmenté ou prévoient d’augmenter les droits de douane sur une gamme de produits. L’augmentation des barrières commerciales mondiales ralentit généralement la demande et fait grimper les coûts, freinant ainsi les exportations des pays en développement. Pour Haïti, dont les exportations sont en grande majorité destinées aux États-Unis, il s’agit d’un risque direct.
Plus urgent encore : l’industrie textile haïtienne, pilier de son économie, a perdu son principal accès en franchise de droits. Les programmes préférentiels HOPE/HELP ont expiré le 30 septembre 2025, et les organisations professionnelles ainsi que des études officielles mettent en garde contre les graves conséquences que pourrait subir le plus important secteur d’exportation d’Haïti si le Congrès ne les renouvelle pas. Il faut s’attendre à des fermetures d’usines, des pertes d’emplois et une diminution des réserves de change, autant de facteurs qui entraîneront une baisse des envois de fonds entrants et une aggravation de la pauvreté au pays.
La stabilité de la diaspora est cruciale pour les transferts de fonds. Le statut de protection temporaire (TPS) pour Haïti a fait l’objet de procédures de suppression en 2025, des litiges et des avis des agences ayant modifié les échéances. Les directives officielles mentionnaient des dates aussi proches que septembre 2025, tandis que des mises à jour ultérieures indiquaient une date au plus tôt le 3 février 2026 pour certaines protections. Par ailleurs, des actions en justice concernant le programme de libération conditionnelle humanitaire CHNV ont permis au Département de la Sécurité intérieure (DHS) de révoquer la libération conditionnelle et l’autorisation de travail de certains bénéficiaires. Toute perte de statut ou d’autorisation de travail réduit les revenus et la capacité d’envoi de fonds des communautés haïtiennes.
Les difficultés financières des ménages aux États-Unis entraineront une diminution et une raréfaction des envois de fonds. L’expiration du programme HOPE/HELP menace des dizaines de milliers d’emplois et une part importante des recettes en devises étrangères. Dans une économie déjà en contraction, Haïti ne dispose d’aucune marge de manœuvre. Ainsi, toute baisse des envois de fonds et des exportations aggravera rapidement l’insécurité alimentaire et mettra à rude épreuve les finances publiques.

130.89
vnt 131.72
vnt 132.00
vnt 132.00
vnt 132.00
vnt 139.00
vnt 132.00
vnt 132.00
vnt 132.00
vnt 131.75