Haïti Économie

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« Le pire est à venir ! Et si l’on relançait la production nationale ? »

La relance de la production nationale en Haïti passe par un soutien réel aux paysans, l’accès au crédit agricole, la protection des filières locales et une politique publique cohérente.

La production nationale avait bénéficié d’une certaine protection jusqu’au début des années 1980, grâce à des barrières douanières particulièrement élevées sur certains produits stratégiques. Le gouvernement subventionnait également quelques produits de première nécessité à l’époque, ce qui permettait de les proposer à la vente à moindre coût, et donc aux personnes pauvres d’y accéder plus facilement.

Ainsi, la production nationale parvenait à satisfaire la demande interne pour plusieurs produits agricoles, en particulier les plus consommés, et le prix des matières courantes ou stratégiques était en partie contrôlable.

À partir des années 1986-1987, dans le cadre d’un plan d’ajustement structurel, les autorités haïtiennes ont abaissé les barrières douanières, de sorte que le marché national a très vite été envahi par des produits étrangers hautement subventionnés, notamment en provenance des États-Unis.

Ces mesures, qui visaient la libéralisation du marché national, ont affecté la production nationale. En effet, les produits alimentaires provenant de l’étranger ont pu entrer dans le pays sans payer de taxes, ce qui a permis aux produits importés d’être vendus à des prix plus faibles que les produits locaux.

Voyons quelques handicaps !

L’aide alimentaire, qui devrait être un véritable soutien pour l’agriculture haïtienne, représente plutôt un handicap pour son développement. Elle constitue une source de découragement pour les paysans haïtiens. On constate, après la distribution de l’aide alimentaire dans le pays, une diminution des prix de certains produits agricoles haïtiens sur le marché local. Puis, la valeur de ces produits diminue et ils restent invendus, parce que les gens disposent d’autres produits alimentaires presque substituables à de meilleurs prix. Du coup, le mépris de certains produits agricoles haïtiens engendre un dégoût chez les paysans, ce qui diminue automatiquement leur rendement et leur productivité.

  • Le manque d’investissement dans l’agriculture haïtienne représente également un problème majeur pour sa productivité. Il n’y a pas de banques agricoles dans les milieux ruraux qui pourraient faciliter l’accès des paysans haïtiens aux crédits agricoles. Cela réduit leur productivité et empêche l’agriculture haïtienne de répondre aux besoins alimentaires de la population.

De plus, les techniques, les outils et les pratiques qu’utilisent les paysans pour travailler la terre posent également des problèmes de productivité. Ces outils — houe, machette, pioche, etc. — limitent leur rendement.

Le déclin de l’agriculture s’accompagne de son lot de conséquences néfastes pour l’ensemble de la société haïtienne, et ce, dans le contexte actuel où les prix des produits recommencent à augmenter ; d’où la nécessité d’une relance de la production nationale.

D’aucuns pensent que la sauvegarde de l’économie ne passe que par les grandes plantations, mais ce n’est pas le cas ! Les petites exploitations revêtent également une grande importance, surtout à un moment où la population commence à ne plus pouvoir se nourrir.

C’est là qu’interviennent les paysans !

Relancer la production nationale, certes, mais comment faire ?

« Le meilleur expert ne pourra pas créer un grand impact si ses conseils sont ignorés par le ministère haïtien de l’Agriculture. »
— Joseph Dejoie

La présence de l’État, ainsi que son engagement, est importante dans le développement de l’agriculture haïtienne. Il doit encourager les paysans en appliquant un ensemble de mesures visant à contribuer à la satisfaction des besoins alimentaires de la population.

  1. En agriculture, il faut faire des choix. L’on ne peut pas tout produire vaguement. L’État devrait faire des choix rationnels pour déterminer quels types de produits sont prioritaires pour le pays, afin d’introduire des incitatifs et des encadrements spécifiques pour encourager la production dans les filières définies.
  2. L’État doit mettre en place des institutions qui accordent des crédits agricoles aux agriculteurs.
  3. L’État doit également favoriser le développement de la production de certains produits alimentaires actuellement importés. Il doit s’intéresser davantage à la production alimentaire consommée à l’intérieur du pays, au lieu d’orienter l’agriculture vers l’extérieur, dans une logique d’agriculture extravertie.
  4. En outre, l’État doit mettre en place des institutions capables d’intervenir dans les conflits fonciers et de redistribuer les terres. La terre est le principal moyen de production pour les paysans. En fait, une bonne distribution des terres aux paysans, sans contrainte, est l’un des meilleurs moyens de relancer la production agricole.
  5. L’État doit supprimer tous les prélèvements abusifs qui empêchent les paysans de maximiser leur productivité. Une réduction des taxes sur les produits agricoles cultivés par les paysans haïtiens peut encourager vivement ces derniers à augmenter leur productivité.
  6. L’éducation des paysans haïtiens est un facteur qui peut aider à augmenter la production agricole. Cette formation peut leur transmettre de nouvelles techniques agricoles et les aider à s’adapter aux effets de l’environnement.

On doit les éduquer avant tout processus de financement, aussi louable soit-il, car le financement ne fera pas de miracles avec des terres non irriguées, de faibles niveaux de mécanisation et l’absence de formations techniques pour les paysans.

Il faut agir, le pire est à venir !

Note : Texte original publié le 14 janvier 2021.

Don Waty BATHELMY, économiste, blogueur, rédacteur.

donwatybathelmy@gmail.com
donwatybathelmy257.blogspot.com

WhatsApp : +5093155 8862

Référence
Pierre Jameson BEAUCEJOUR

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