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Haïti : l’allègement fiscal sur le solaire peut aider quelques ménages, mais laisser la majorité dans le noir

L’allègement fiscal sur les équipements solaires importés peut aider, mais ne remplacera pas une vraie politique nationale de l’électricité.

Le gouvernement haïtien a annoncé, le 5 juin 2026 à l’hôtel Karibe, une mesure fiscale destinée à réduire le coût d’importation des panneaux solaires, des batteries et des onduleurs. L’objectif affiché est d’encourager la transition énergétique et de rendre ces équipements plus accessibles. Mais dans un pays où l’électricité reste limitée, irrégulière et profondément inégale, cette mesure risque surtout de profiter à ceux qui ont déjà les moyens de s’équiper. La vraie réponse passe par une politique nationale de l’électricité.

Points clés
  • Le gouvernement annonce un allègement fiscal sur certains équipements solaires importés.
  • Les solutions individuelles ne peuvent pas remplacer une politique nationale de l’électricité.
  • Sans plan public de grande échelle, cette mesure risque de laisser la majorité des ménages dans le noir.
  • Le Gouvernement vise une publication du budget au plus tard le 30 septembre 2026.

Une énergie fiable et abordable est l’un des fondements du développement économique. Sans électricité, il est difficile de faire fonctionner une usine, de conserver des produits alimentaires, de moderniser l’agriculture, d’alimenter un hôpital, d’étudier le soir ou de développer une petite entreprise. L’énergie n’est donc pas un luxe. C’est une infrastructure de base.

De ce point de vue, réduire le coût des équipements solaires peut être une bonne chose. Les panneaux solaires, les batteries et les onduleurs peuvent aider certaines familles, entreprises, écoles ou institutions à limiter leur dépendance aux génératrices et à un réseau public défaillant. Toutefois, dans un pays frappé par les pénuries, les coupures et la hausse des coûts, toute solution qui améliore l’accès à l’énergie mérite d’être prise au sérieux. Toutefois, une analyse plus attentive de la mesure révèle son principal problème : elle ne répond pas à la question de l’échelle.

En Haïti, la majorité de la population ne peut pas financer un système solaire complet. Même avec une réduction des taxes à l’importation, le coût d’un dispositif fiable reste hors de portée pour beaucoup de ménages. Un panneau solaire sans batterie suffisante ne règle pas le problème. Une batterie sans installation adéquate ne crée pas un service durable. Et un système individuel reste une solution privée dans un pays qui a besoin d’une réponse collective.

C’est là que la mesure devient déséquilibrée. Présentée comme une réponse à la crise énergétique, elle peut avoir une portée démagogique : elle peut aider les ménages urbains plus aisés, certaines entreprises, des ONG, des institutions privées et une partie de la classe moyenne, sans régler le problème des quartiers populaires, des zones rurales, des familles qui vivent au jour le jour ni des localités où le courant public a disparu depuis des mois, parfois depuis des années.

Il faut aussi rappeler que l’allègement fiscal bénéficiera d’abord aux importateurs. Rien ne garantit que l’économie réalisée sur les droits et taxes sera entièrement transférée aux consommateurs sous forme de prix plus bas.

Le vrai défi d’Haïti n’est pas seulement d’importer plus de panneaux solaires. C’est de construire un système électrique capable de desservir la population à grande échelle. Cela suppose des investissements publics, des mini-réseaux, des réseaux régionaux, une meilleure gouvernance de l’EDH, la protection des infrastructures, l’entretien des centrales existantes et une politique claire pour intégrer les énergies renouvelables dans un service public accessible.

Le pays dispose déjà d’actifs importants, mais plusieurs infrastructures énergétiques ont été abandonnées, sous-utilisées ou laissées sans suivi. Les investissements réalisés sous la présidence de Jovenel Moïse dans certaines stations électriques n’ont pas été pleinement consolidés. Des sites terminés ou presque terminés ne produisent pas l’effet attendu pour la population. Même Péligre, la principale source hydroélectrique du pays, ne joue plus son rôle de colonne vertébrale fiable du réseau national.

Cette situation montre que le problème n’est pas seulement fiscal. Il est institutionnel, technique et politique. Haïti ne manque pas seulement de panneaux solaires. Elle manque d’un État capable d’organiser l’accès à l’électricité comme un service national essentiel.

L’allègement fiscal peut donc être utile, mais il ne doit pas être présenté comme une solution énergétique. Si chacun doit se débrouiller seul pour acheter ses propres panneaux, ses propres batteries et son propre onduleur, alors l’État renonce en partie à sa responsabilité de fournir une infrastructure commune. Dans un pays pauvre, cette logique crée deux Haïti : celle qui peut s’acheter de l’autonomie énergétique, et celle qui reste dans le noir.

Une vraie politique énergétique devrait viser autre chose. Elle devrait connecter les écoles, les hôpitaux, les marchés publics, les petites entreprises, les communes et les zones rurales à des solutions collectives, fiables et abordables. Le solaire peut en faire partie. Mais il doit être intégré à une stratégie nationale, pas réduit à une solution individuelle pour ceux qui peuvent payer.

Pour que l’énergie devienne un moteur de développement, il ne suffit pas de réduire les taxes à l’importation. Il faut une vision de service public, une planification territoriale, des investissements structurants et une volonté de sortir l’électricité du bricolage permanent.

En d’autres termes, la transition énergétique ne peut pas être réservée à ceux qui ont les moyens de se protéger des coupures de courant. Elle doit devenir un projet national.

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