Haïti a encore un match à jouer contre le Maroc dans cette Coupe du monde 2026. Mais même une victoire ne changerait plus l’essentiel : les Grenadiers n’ont plus de possibilité de qualification pour le prochain tour. L’euphorie nationale laisse donc place à une autre question : que restera-t-il de l’opération des plus de 700 kits audiovisuels distribués par le gouvernement aux collectivités territoriales ?
- Haïti a encore un match à jouer contre le Maroc, mais les Grenadiers n’ont plus de possibilité réelle de qualification pour le prochain tour.
- La distribution des plus de 700 kits audiovisuels soulève des questions sur le coût total, les fournisseurs, l’appel d’offres et la publication des contrats.
- Après le Mondial, le gouvernement doit expliquer ce que deviendront les équipements et si cette dépense était prioritaire face aux urgences du pays.
L’initiative « Ayiti nan Mondyal » avait été présentée comme un moyen de permettre à la population de suivre les matchs d’Haïti. Dans un pays où l’accès à l’électricité, à internet et aux équipements audiovisuels reste très inégal, l’objectif pouvait sembler populaire. Mais une bonne intention ne suffit pas à justifier une dépense publique sans transparence.
Combien ce programme a-t-il coûté ? Qui a fourni les téléviseurs, les génératrices, les équipements internet, le carburant et les autres accessoires ? Y a-t-il eu un appel d’offres ? Les contrats ont-ils été publiés ? Quels critères ont guidé le choix des fournisseurs ? Et qui sera responsable de la gestion des équipements après le dernier match d’Haïti ?
Ces questions sont d’autant plus nécessaires que le pays fait face à des priorités autrement plus urgentes : sécurité, écoles, hôpitaux, routes, électricité, eau potable. La participation d’Haïti au Mondial méritait d’être célébrée, mais elle ne devait pas servir à suspendre les exigences normales de bonne gouvernance.
Le gouvernement peut soutenir que ces kits ont permis à des communautés de vivre un moment de fierté collective. Mais il doit aussi expliquer pourquoi cette dépense était prioritaire, comment elle a été financée, comment les fournisseurs ont été choisis et ce que deviendront les matériels après la compétition.
Si ces équipements deviennent de vrais outils communautaires — pour l’éducation, l’information publique, les réunions locales ou des activités collectives — l’opération pourra encore avoir une utilité après le football. Mais s’ils disparaissent dans l’opacité, tombent en panne sans suivi ou restent sous le contrôle de quelques acteurs locaux, elle risque d’apparaître comme une dépense de circonstance dans un pays qui avait d’autres urgences.
Le dernier match d’Haïti contre le Maroc aura encore une valeur sportive et symbolique. Mais sur le plan de la politique publique, le temps des questions a déjà commencé.
