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Le pari risqué du contrat Evergreen: Sécuriser les frontières à quel prix ?

Haïti s’apprête à déléguer une part essentielle de la sécurisation de ses frontières et de la gestion de ses recettes douanières à un consortium privé international conduit par Evergreen Trading System Limited, aux côtés notamment d’Alex Stewart International et de SecuriPort. Présentée comme un projet de modernisation, cette initiative suscite toutefois de profondes interrogations d’ordre stratégique et régalien, tant ses promesses paraissent, à ce stade, relever davantage de l’affichage que d’une transformation réelle de l’État.

L’accord, signé ou en voie de finalisation en janvier 2026, porterait sur une durée de dix ans et viserait à :

  • sécuriser frontières, ports et aéroports,
  • lutter contre la contrebande,
  • moderniser les douanes,
  • accroître les recettes publiques.

Le projet prévoit la construction et la réhabilitation d’infrastructures, le déploiement de technologies de surveillance, la formation de personnel et la création de centres de contrôle intégrés.

Une facture lourde et structurelle

Selon les informations disponibles, l’État haïtien ne financerait directement qu’environ 14 à 16 millions de dollars au démarrage. Le reste de l’investissement serait avancé par le secteur privé.

En contrepartie, Evergreen percevrait :

  • 20 % des gains de recettes douanières durant les trois premières années,
  • 15 % par la suite,
  • un prélèvement fixe de 3 % sur toutes les importations, indépendamment des performances.

Sur dix ans, le coût total du dispositif pourrait dépasser 5 milliards de dollars, un montant colossal pour une économie fragile où les droits de douane constituent l’une des principales sources de financement de l’État.

Transfert de souveraineté ou “souveraineté pragmatique” ?

Les défenseurs du projet évoquent une logique de « souveraineté pragmatique » : déléguer temporairement certaines fonctions à des acteurs privés afin de reconstruire la capacité de l’État.

Ses détracteurs y voient au contraire une privatisation de fonctions régaliennes fondamentales — sécurité, fiscalité, contrôle territorial — dans un pays dont les institutions sont trop faibles pour encadrer, auditer et sanctionner efficacement un tel partenariat.

Le risque est double :

  1. Une asymétrie de pouvoir, entre un État fragile et un consortium multinational juridiquement et technologiquement armé.
  2. Une captation durable des recettes publiques, réduisant les marges budgétaires pour la santé, l’éducation et l’investissement productif.

Un précédent lourd : la leçon du contrat SOGENER

Cette situation n’est pas sans rappeler un précédent marquant dans le secteur énergétique : le contrat liant l’État haïtien à la société privée SOGENER, souvent qualifié de « contrat blackout ».

Ce contrat accordait à l’opérateur privé des avantages considérables : utilisation des infrastructures publiques, carburant subventionné par l’État, exonérations douanières étendues sur les équipements et intrants, et garanties de paiement prioritaires. Le risque économique reposait largement sur les finances publiques, tandis que les bénéfices étaient privatisés.

Malgré ces concessions, les résultats pour la population sont restés limités : quelques heures d’électricité par jour, peu d’investissements structurels dans le réseau, une dégradation progressive des installations publiques et une dépendance accrue aux combustibles fossiles importés. L’essentiel des efforts s’est concentré sur des réparations ponctuelles, sans modernisation durable du système.

L’ancien président Jovenel Moïse avait fait de la remise en cause de ces contrats énergétiques un pilier de sa politique d’électrification et de souveraineté économique. Ses tentatives de renégociation ont rencontré de fortes résistances de la part d’intérêts économiques puissants, illustrant à quel point ces contrats créent des dépendances difficiles à démanteler. Pour de nombreux observateurs, ces tensions ont contribué au climat d’instabilité ayant précédé son assassinat en juillet 2021.

Ce précédent rappelle que des contrats privés mal équilibrés, dans des secteurs stratégiques, peuvent affaiblir durablement l’État, tant sur le plan financier que politique.

Un contexte politique explosif

Le contrat Evergreen soulève d’autant plus de préoccupations qu’il intervient :

  • sans président élu,
  • sans Parlement fonctionnel,
  • sans débat public structuré,
  • sous des autorités de transition dont la capacité légale à engager le pays sur dix ans est contestée par de nombreux juristes.

Certains responsables politiques ont même publiquement nié avoir été informés de volets sécuritaires liés à des sociétés privées étrangères, notamment Vectus Global, associée à Erik Prince, ex-fondateur de Blackwater.

Des alternatives ignorées ?

Pour de nombreux économistes et acteurs de la société civile, les mêmes ressources auraient pu :

  • moderniser les douanes sous contrôle public,
  • renforcer l’armée et les forces de sécurité reconnues par la Constitution,
  • créer des milliers d’emplois,
  • réduire la pauvreté et l’insécurité à la source.

Ils rappellent que des contrats similaires, en Afrique et en Amérique latine, ont souvent affaibli les États, accru la corruption et rendu les sorties de contrat politiquement et financièrement complexes.

Un risque de dépendance durable

Un autre danger fréquemment évoqué est celui du verrouillage :
un prestataire privé n’a aucun intérêt à voir émerger un État fort, capable de se passer de ses services.

Dans les scénarios les plus pessimistes, cela peut conduire à :

  • pressions politiques,
  • corruption systémique,
  • instabilité entretenue,
  • renouvellements de contrats sous contrainte.

Moderniser, oui — mais à quelles conditions ?

La modernisation des douanes et la sécurisation des frontières sont urgentes et nécessaires.
Mais pour beaucoup, la méthode choisie pose un problème de fond : un État qui finance son fonctionnement en cédant durablement ses recettes et ses prérogatives risque de s’appauvrir tout en perdant le contrôle de son avenir.

Comme le résume un observateur :

« Moderniser, oui. Externaliser la souveraineté, non. »

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