Prévisions du FMI : Haïti reste à contre-courant de ses économies comparables
Les dernières prévisions du FMI confirment un décrochage persistant : alors que les économies émergentes, les pays à faible revenu et la région Amérique latine-Caraïbes devraient continuer de croître en 2026, Haïti resterait en contraction. Le problème n’est donc pas seulement la faiblesse de la reprise, mais l’absence même de reprise.
- Haïti resterait en contraction en 2026, avec une croissance prévue de -1,7 % selon le FMI.
- Le pays fait moins bien que les économies émergentes, les pays à faible revenu et la région Amérique latine-Caraïbes.
- Le retour prévu à 0,5 % en 2027 serait une stabilisation fragile, pas encore une vraie reprise.
Haïti à contre-courant des prévisions mondiales du FMI
Dans son World Economic Outlook d’avril 2026, le FMI projette une croissance mondiale de 3,1 % en 2026 et 3,2 % en 2027, dans un contexte fragilisé par la guerre au Moyen-Orient, la hausse des prix des matières premières, des tensions inflationnistes et des conditions financières plus serrées. Pour Haïti, la prévision est beaucoup plus sombre : le FMI affiche une croissance réelle du PIB de -1,7 % en 2026.
Prévisions de croissance du PIB réel : Haïti face aux groupes comparables du FMI
| 2025 | 2026 | 2027 | |
| Haïti | -2,7% | -1,7% | 0,5% |
| Pays à faible revenu en développement | 4,8% | 4,8% | 4,9% |
| Économies émergentes et en développement | 4,4% | 3,9% | 4,2% |
| Amérique latine et Caraïbes | 2,4% | 2,3% | 2,7% |
| Caraïbes | 6,2% | 5,7% | 8,6% |
Sources : FMI, World Economic Outlook, avril 2026 ; calculs Haïti Économie. Note : Les groupes du FMI servent à organiser l’analyse comparative. Le cas des Caraïbes doit être interprété avec prudence, car l’agrégat régional peut être fortement influencé par certaines économies à croissance exceptionnelle, notamment des producteurs d’hydrocarbures comme le Guyana.
Ce que montre la comparaison
Le contraste est net. En 2026, Haïti serait 4 points de pourcentage en dessous de la moyenne Amérique latine-Caraïbes, 5,6 points en dessous des économies émergentes et en développement, et 6,5 points en dessous des pays à faible revenu en développement. Autrement dit, même en comparaison avec des économies structurellement vulnérables, Haïti ne suit pas la trajectoire normale d’un pays en rattrapage.
Le cas des Caraïbes doit être lu avec prudence, car l’agrégat régional est fortement influencé par certaines économies à croissance exceptionnelle, notamment des producteurs d’hydrocarbures comme Guyana. Mais même en relativisant cette lecture très favorable, Haïti demeure isolée. Selon la base de données du FMI, la République dominicaine, le Honduras, le Guatemala et le Nicaragua restent projetés en croissance positive.
La tendance de fond : une économie qui perd du terrain
Le FMI note que le PIB réel d’Haïti s’est contracté pour une septième année consécutive durant l’exercice 2025. Il attribue cette faiblesse à l’insécurité persistante, à la fragilité politique, aux chocs externes, à la hausse des prix du pétrole et à la contraction de l’intermédiation financière.
La projection de -1,7 % en 2026 signifie donc que le pays resterait dans une logique de recul, alors que ses groupes de comparaison continueraient d’avancer. Même le retour prévu à 0,5 % en 2027 ne constituerait pas une vraie reprise. Ce serait plutôt une stabilisation fragile après plusieurs années de perte de production.
Selon un indice simple calculé à partir des taux de croissance du FMI, si le PIB réel d’Haïti valait 100 en 2018, il tomberait autour de 83 en 2027. Cela signifie une perte cumulée d’environ 17 % sur la période 2019-2027, pendant que l’ensemble Amérique latine-Caraïbes progresserait d’environ 18 % et les économies émergentes et en développement d’environ 40 %.
Lecture Haïti Économie
Haïti ne fait pas seulement moins bien que la moyenne mondiale. Elle fait moins bien que les économies que le FMI utilise comme points de comparaison naturels : les économies émergentes et en développement, les pays à faible revenu en développement, et la région Amérique latine-Caraïbes.
La prévision du FMI décrit donc une économie encore coincée dans une crise de capacité productive. Tant que l’insécurité bloque les déplacements, limite le crédit, réduit l’investissement, perturbe les recettes publiques et augmente les coûts d’approvisionnement, la croissance ne peut pas simplement revenir par effet statistique. Le vrai enjeu n’est pas seulement de retrouver un taux positif, mais de reconstruire les conditions minimales d’une reprise durable.

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