L’économie haïtienne s’est contractée de 4.2 % en 2024, enregistrant une sixième année consécutive de recul. Depuis 2019, le pays n’a connu aucune année de croissance économique positive, ce qui témoigne d’un affaiblissement prolongé de son appareil productif.
Sur l’ensemble de la période 2019-2024, le taux de croissance annuel du produit intérieur brut s’est établi en moyenne autour de −2.3 %. Cette succession de contractions signifie que l’économie ne subit plus seulement un ralentissement ponctuel : elle produit moins de biens et de services qu’elle ne le faisait plusieurs années auparavant.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte marqué par l’aggravation de l’insécurité, les perturbations du transport, la faiblesse de l’investissement, la hausse des coûts de fonctionnement des entreprises et la détérioration des conditions de vie.
PIB d’Haïti
Croissance du PIB réel
Variation annuelle du produit intérieur brut, en pourcentage
Une valeur positive indique une expansion du PIB réel par rapport à l’année précédente. Une valeur négative indique une contraction.
Source : Banque mondiale. Calculs et visualisation : Haïti Économie.
Une contraction qui touche directement les ménages
Le recul du PIB ne constitue pas uniquement une donnée macroéconomique. Lorsqu’une économie se contracte pendant plusieurs années, les entreprises vendent moins, les possibilités d’emploi diminuent, les revenus deviennent plus précaires et les capacités de financement de l’État sont mises sous pression.
Pour les ménages, cette situation s’ajoute à une forte hausse du coût de la vie. L’inflation, en particulier celle des produits alimentaires, réduit la quantité de biens et de services qu’un même revenu permet d’acheter.
Les familles disposant de faibles revenus sont les plus exposées. Une part importante de leurs ressources étant consacrée à l’alimentation, au transport et au logement, elles disposent de peu de marge pour absorber de nouvelles hausses de prix. Certaines doivent réduire leurs achats, modifier la qualité de leur alimentation, reporter des soins ou dépendre davantage de l’aide de proches, notamment des transferts provenant de l’étranger.
Les transferts de fonds jouent ainsi un rôle essentiel pour de nombreux ménages, mais ils ne remplacent pas une économie capable de créer durablement des emplois, des revenus et des activités productives.
La crise sécuritaire paralyse les principaux circuits économiques
L’insécurité constitue l’un des principaux facteurs qui pèsent sur l’activité économique. Les départements de l’Ouest et de l’Artibonite, qui occupent une place importante dans la population, le commerce et la production agricole du pays, ont été particulièrement affectés.
Port-au-Prince demeure le principal centre administratif, commercial et logistique d’Haïti. Une part importante des importations, des services, du commerce de gros et des opérations financières y est concentrée.
Le contrôle ou la perturbation de plusieurs axes routiers par des groupes armés complique cependant le déplacement des personnes et des marchandises. Les entreprises doivent supporter des délais supplémentaires, des pertes, des dépenses de sécurité et des coûts de transport plus élevés.
Dans l’Artibonite, les difficultés de circulation limitent l’accès des producteurs agricoles aux principaux marchés. Des produits peuvent être perdus, vendus à bas prix sur place ou ne pas atteindre les consommateurs des centres urbains.
Dans l’autre sens, les marchandises importées qui transitent par la région métropolitaine peuvent subir des retards, des détournements ou une augmentation des coûts logistiques. Ces perturbations réduisent l’offre disponible et peuvent contribuer à la hausse des prix à travers le pays.
Les entreprises fonctionnent dans un environnement de plus en plus difficile
L’insécurité ne perturbe pas seulement le transport. Elle affecte également les décisions d’investissement et la capacité des entreprises à maintenir leurs activités.
La violence, les enlèvements, l’extorsion, les fermetures temporaires et l’imprévisibilité des déplacements augmentent considérablement le risque associé à toute activité économique. Certaines entreprises réduisent leurs heures d’ouverture, déplacent leurs opérations, suspendent leurs projets ou cessent complètement leurs activités.
Cet environnement limite aussi la création de nouvelles entreprises et décourage les investissements de long terme. Un investisseur peut difficilement engager des ressources importantes lorsqu’il ne dispose pas d’un accès régulier aux routes, à l’électricité, aux ports, aux clients ou à ses employés.
Une contraction qui traverse les différents secteurs
Les effets de cette crise se retrouvent dans plusieurs branches de l’économie.
Dans l’agriculture, les producteurs rencontrent des difficultés pour obtenir des intrants, accéder à leurs terres et transporter leurs récoltes. Dans l’industrie, les entreprises font face à des problèmes d’approvisionnement, d’énergie, de transport et de sécurité. Dans les services, la réduction des déplacements et du pouvoir d’achat limite les ventes et fragilise les petites entreprises.
La contraction économique affaiblit également la base sur laquelle reposent les recettes publiques. Même lorsque certaines recettes peuvent augmenter en valeur nominale, notamment sous l’effet de l’inflation ou de changements administratifs, cela ne signifie pas nécessairement que l’économie réelle est devenue plus forte.
Dans le même temps, les besoins en matière de sécurité, de santé, d’éducation, d’infrastructures et d’assistance sociale augmentent. L’État doit donc répondre à davantage de besoins dans une économie dont la capacité productive s’est réduite.
La sécurité est indispensable, mais elle ne suffira pas
Le rétablissement de la sécurité est une condition essentielle à la reprise. Les routes doivent pouvoir être utilisées, les marchés doivent fonctionner et les entreprises doivent pouvoir transporter leurs employés et leurs marchandises sans être constamment exposées à la violence ou à l’extorsion.
La lutte contre les réseaux de gangs doit également s’accompagner d’efforts pour limiter l’entrée et la circulation des armes et des munitions. Sans action sur ces réseaux logistiques, les interventions sécuritaires risquent de rester temporaires.
Toutefois, le rétablissement de la sécurité ne suffira pas à lui seul à relancer durablement l’économie. Haïti devra également renforcer sa production agricole, améliorer ses infrastructures, faciliter l’accès à l’énergie et au financement, soutenir les entreprises locales et investir dans l’éducation et la formation professionnelle.
La lutte contre la corruption, l’amélioration de la gestion publique et le rétablissement de la confiance seront également nécessaires pour encourager l’investissement et assurer une utilisation plus efficace des ressources disponibles.
Une économie qui ne peut pas continuer à se contracter
La baisse de 4.2 % enregistrée en 2024 prolonge une période de recul économique commencée en 2019. Six années consécutives de contraction ont réduit les possibilités d’emploi, affaibli les activités productives et accru la vulnérabilité de nombreux ménages.
Cette trajectoire ne pourra pas être inversée par une seule mesure. Elle exige le rétablissement de la sécurité, mais aussi une stratégie économique capable de soutenir la production, l’investissement, l’emploi et les revenus.
Le PIB ne mesure pas à lui seul le bien-être de la population. Mais lorsqu’il diminue pendant six années consécutives, il indique clairement qu’une économie déjà fragile perd progressivement sa capacité à produire les ressources nécessaires à son développement.
