CODEVI en grève : entre pouvoir d’achat et compétitivité
La paralysie du parc industriel CODEVI à Ouanaminthe dépasse le cadre d’un simple conflit social. Elle met en lumière une tension devenue centrale dans l’économie haïtienne : comment préserver des emplois formels et rester compétitif à l’exportation, alors que l’inflation reste élevée, que l’économie se contracte depuis des années et que la hausse récente des prix du carburant alourdit encore le coût de la vie.
À l’origine de la grève, les revendications portent d’abord sur le salaire minimum, fixé à 600 gourdes par jour depuis plus de cinq ans, sans ajustement périodique au coût de la vie. Les ouvriers contestent aussi les prélèvements effectués au profit de l’OFATMA, alors que les services attendus ne seraient pas réellement disponibles à Ouanaminthe. Le problème ne se limite donc pas au salaire nominal : il touche aussi à l’érosion du pouvoir d’achat et à la faiblesse de la protection sociale.
Cette tension intervient dans un contexte particulièrement lourd. Haïti sort d’années de contraction économique, avec une inflation encore élevée et un environnement marqué par l’insécurité, la fragilité institutionnelle et le ralentissement de l’activité. À cela s’ajoute la hausse récente des prix du diesel et de l’essence, qui renchérit immédiatement le transport, l’acheminement des marchandises et les dépenses quotidiennes des travailleurs. Dans ces conditions, la question salariale devient inséparable du coût de la vie.
Mais l’autre versant du problème est la compétitivité. CODEVI est l’un des rares pôles industriels formels encore insérés dans les marchés extérieurs. Sa place dans des chaînes d’approvisionnement tournées vers le marché américain fait de sa stabilité un enjeu bien plus large que celui d’une seule entreprise. Un arrêt prolongé ne menace pas seulement la production du parc ; il affecte aussi les petits commerces, les prestataires de services et l’économie locale de Ouanaminthe et du Grand Nord.
En fin de compte, la grève de la CODEVI rappelle que la compétitivité en Haïti ne se détermine pas uniquement par le coût horaire de la main-d’œuvre. Elle dépend aussi du transport, de l’énergie, de la sécurité, du cadre réglementaire et de la capacité des travailleurs à vivre de leur revenu. Une compétitivité fondée sur des salaires comprimés dans une économie inflationniste devient socialement fragile. Mais un environnement trop instable fragilise tout autant l’attractivité du pays. Entre les deux, le défi reste entier : préserver l’emploi formel sans faire porter aux ouvriers l’essentiel du coût de la crise.

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