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HOPE/HELP : Haïti presse Washington pour une prolongation durable face à l’érosion des emplois

Malgré leur maintien jusqu’à fin 2026, les avantages HOPE/HELP restent trop temporaires pour rassurer les entreprises. Haïti réclame une prolongation durable afin de préserver les emplois et relancer les commandes.

Les préférences commerciales accordées aux produits textiles haïtiens sont actuellement en vigueur jusqu’au 31 décembre 2026. Mais pour l’industrie, cette échéance reste trop proche pour sécuriser les commandes, relancer les usines et attirer de nouveaux investissements. Une délégation publique-privée haïtienne mène une offensive à Washington afin d’obtenir une reconduction de plusieurs années, alors que des emplois continuent de disparaître dans les principaux parcs industriels.

Une loi rétablie, mais seulement jusqu’à la fin de 2026

Les programmes HOPE et HELP permettent à certains vêtements, produits textiles et autres marchandises fabriqués en Haïti d’entrer aux États-Unis sans droits de douane, sous réserve notamment du respect de certaines obligations relatives aux conditions de travail. Ces préférences avaient expiré le 30 septembre 2025. Elles ont été rétablies rétroactivement par une loi promulguée le 3 février 2026, mais seulement jusqu’au 31 décembre 2026. Le secteur textile haïtien n’est donc plus confronté à une expiration immédiate, mais il reste exposé à une nouvelle échéance dans quelques mois.

Un texte distinct, le projet H.R. 6504, a été adopté par la Chambre des représentants le 12 janvier 2026. Il prolongerait les avantages jusqu’au 31 décembre 2028. Le projet a été transmis au Sénat le lendemain, puis renvoyé à sa Commission des finances, où il se trouve encore. Il n’est donc pas encore devenu loi.

Une proposition plus ambitieuse, le projet sénatorial S. 742, avait été introduite en février 2025 par un groupe bipartisan de sénateurs. Elle prolongerait les avantages commerciaux jusqu’en 2035. Ce texte a lui aussi été renvoyé à la Commission des finances du Sénat, sans avoir franchi les autres étapes nécessaires à son adoption.

Ainsi, à ce stade, les préférences commerciales ne sont sécurisées que jusqu’au 31 décembre 2026. La Chambre des représentants a approuvé une prolongation jusqu’en 2028, tandis qu’une autre proposition vise 2035, mais aucune reconduction au-delà de 2026 n’a encore été définitivement adoptée.

Pourquoi une courte prolongation ne suffit pas

Intervenant le 15 juillet à l’émission Panel Magik, Georges Sassine, représentant de l’Association des industries d’Haïti, a expliqué que le secteur réclame depuis environ cinq ans une reconduction d’au moins cinq ans.

Le problème n’est pas uniquement la date d’expiration de la loi. Il concerne le calendrier des chaînes d’approvisionnement. Les marques et donneurs d’ordre peuvent conclure des contrats de production pour six mois, douze mois ou davantage. Elles doivent réserver des capacités, sélectionner leurs fournisseurs, organiser les matières premières, planifier le transport et déterminer où leurs collections seront fabriquées.

Une entreprise qui ne sait pas si les vêtements produits en Haïti conserveront leur accès préférentiel au marché américain après décembre 2026 peut accepter une commande ponctuelle, mais hésiter à signer un contrat plus long. Elle peut également transférer progressivement sa production vers un autre pays.

Cette inquiétude est confirmée par le rapport 2026 du représentant américain au Commerce. Selon l’institution, les incertitudes entourant le renouvellement de HOPE/HELP, puis l’interruption temporaire du programme, ont influencé les décisions d’approvisionnement des marques et détaillants et contribué à plusieurs fermetures d’usines. Les importations américaines de vêtements et de textiles provenant d’Haïti ont reculé de près de 15 % en 2025, à environ 480 millions de dollars, et les données disponibles indiquent une nouvelle baisse au début de 2026.

Jusqu’à 15 000 emplois potentiels, selon le secteur

Pour Sassine, une reconduction suffisamment longue pourrait produire un effet rapide :

« Jusqu’à 15 000 emplois peuvent être créés dès la première année si la loi est prolongée. »

Ce chiffre doit être compris comme une estimation présentée par un représentant de l’industrie, et non comme une projection officielle ou une création d’emplois garantie. Sa réalisation dépendrait du retour des commandes, de la réouverture ou de l’expansion des usines, de la sécurité, de l’accès aux ports et aux routes, de la disponibilité de la main-d’œuvre et du fonctionnement du système bancaire.

Sassine a notamment cité Hansae et Willbes, deux groupes manufacturiers sud-coréens présents au parc industriel métropolitain de la SONAPI. Selon lui, leurs installations pourraient employer ensemble jusqu’à 8 000 personnes, mais leurs activités ont considérablement ralenti et les entreprises attendent un signal plus clair avant de relancer leur production.

Il a également présenté le cas du parc industriel de Caracol comme une illustration de l’effondrement des capacités. D’après les chiffres avancés lors de son intervention, le site, qui comptait trois entreprises et environ 17 000 emplois, ne disposerait plus que d’une entreprise employant près de 1 300 personnes. Sassine affirme que, sans signal clair sur HOPE/HELP d’ici septembre, cette dernière opération pourrait elle aussi fermer.

À Ouanaminthe, environ 1 400 emplois viennent d’être supprimés au CODEVI, selon Sassine. Cette perte récente est l’un des principaux arguments invoqués pour montrer que la reconduction temporaire jusqu’à la fin de 2026 n’a pas suffi à rétablir la confiance des acheteurs.

Un secteur dont les chiffres racontent une situation contrastée

Le rapport officiel américain présente néanmoins un tableau plus nuancé. Il estime que l’emploi dans le textile et l’habillement avait atteint plus de 27 000 postes, soit environ 6 000 de plus sur un an. Dans le même temps, les exportations vers les États-Unis reculaient, des usines fermaient à Port-au-Prince et les commandes diminuaient.

Ces données ne contredisent pas nécessairement les suppressions d’emplois signalées récemment. Elles couvrent des périodes et des établissements différents et peuvent tenir compte de certaines reprises d’activité à Caracol et au CODEVI avant les dernières réductions. Elles montrent surtout que la situation ne peut pas être résumée par un seul chiffre : des emplois ont été recréés dans certains sites, tandis que les commandes, les exportations et les perspectives restent fragiles.

Une délégation haïtienne à Washington

Face à cette urgence, une délégation publique-privée haïtienne s’est rendue à Washington. Elle comprend James Monazard, ministre du Commerce et de l’Industrie; Yves Pierre, représentant de la BRH ou conseiller économique auprès de l’ambassade; Georges Sassine, représentant de l’ADIH; et Virgilio Mota, représentant du Group M et du CODEVI.

La délégation a rencontré l’ambassadeur d’Haïti aux États-Unis, Lionel Delatour, ainsi que Victoria Hartman et Victor Cerviño, du Comité des relations étrangères du Sénat; Viviana Bovo, du Bureau des affaires de l’hémisphère occidental du Département d’État; Cole Matino et Cesar Vence, de la U.S. Chamber of Commerce; Steve Lamar et Beth Hughes, de l’American Apparel & Footwear Association; et Kim Glas, du National Council of Textile Organizations.

Les démarches ont également visé le National Security Council, la majorité et la minorité de la Commission des voies et moyens de la Chambre ainsi que les bureaux du président de la Chambre Mike Johnson, des représentants Mike Turner, Steve Scalise, Andrew Garbarino et Mike Lawler, et des sénateurs Bernie Moreno, Markwayne Mullin et Bill Cassidy.

Pour le ministre James Monazard, une reconduction contribuerait à préserver les emplois existants, à renforcer la compétitivité des entreprises, à attirer de nouveaux investissements et à maintenir Haïti dans les chaînes d’approvisionnement régionales. Il s’agit cependant d’objectifs attendus et non d’effets automatiques : l’accès préférentiel au marché américain peut améliorer l’attractivité d’Haïti, mais il ne supprime pas les autres obstacles auxquels les producteurs sont confrontés.

Le soutien de Marco Rubio ne remplace pas le vote du Congrès

Georges Sassine a également évoqué les démarches entreprises auprès du secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui connaît le dossier HOPE/HELP. En avril, le Département d’État avait déjà indiqué que Rubio soutenait une reconduction pluriannuelle du programme dans le cadre des efforts de stabilisation d’Haïti.

Selon Sassine, le secrétaire d’État a promis de faire ce qui était en son pouvoir pour soutenir le dossier, sans pouvoir offrir de garantie. Cette réserve reflète le fonctionnement institutionnel américain : le Département d’État peut défendre la mesure, mais la prolongation des avantages commerciaux doit être votée par le Congrès.

Le principal blocage se trouve désormais au Sénat, puisque le texte adopté par la Chambre jusqu’en 2028 est devant la Commission des finances depuis janvier.

HOPE/HELP et la fin du TPS : deux dossiers liés dans l’argumentaire haïtien

La délégation relie également le dossier commercial aux changements apportés au statut de protection temporaire, ou TPS, dont bénéficient des centaines de milliers d’Haïtiens aux États-Unis.

L’argument présenté aux responsables américains est le suivant : renvoyer des Haïtiens vers leur pays, tout en laissant disparaître l’un de ses principaux mécanismes de création d’emplois formels, pourrait aggraver une situation économique et sociale déjà extrêmement fragile.

La Cour suprême américaine a permis en juin à l’administration de mettre fin aux protections du TPS pour les Haïtiens. Les dernières directives administratives disponibles ont maintenu certains permis de travail jusqu’au 24 juillet 2026, laissant planer la possibilité de pertes de statut et de retours forcés.

Sassine estime que le renouvellement de HOPE/HELP permettrait de créer ou de préserver des possibilités d’emploi pour les personnes présentes en Haïti ainsi que pour celles qui pourraient y retourner. Le pays compte parallèlement environ 1.4 million de personnes déplacées internes, tandis que l’insécurité a fortement perturbé Port-au-Prince, centre principal de l’activité économique nationale.

La loi commerciale ne peut pas, à elle seule, résoudre les conséquences d’un changement de politique migratoire. Mais l’argument de la délégation repose sur la nécessité d’éviter que les politiques commerciales et migratoires américaines ne produisent des pressions contradictoires sur Haïti.

Un intérêt également américain

Les promoteurs de la reconduction insistent sur le fait que HOPE/HELP ne profite pas uniquement aux usines haïtiennes. Une partie des vêtements fabriqués dans le pays utilise du coton, des fils, des tissus ou d’autres intrants provenant des États-Unis.

Le groupe canadien Gildan a finalisé l’acquisition de HanesBrands le 1er décembre 2025, créant un ensemble mondial de grande taille dans le secteur de l’habillement.

Selon Sassine, environ 60 % du coton utilisé ou acheté par le groupe serait d’origine américaine. Ce pourcentage n’a pas pu être confirmé indépendamment, mais le représentant américain au Commerce décrit Gildan comme l’un des plus importants consommateurs de coton cultivé aux États-Unis. Le groupe a lui-même soutenu une reconduction durable de HOPE/HELP et des préférences commerciales caribéennes.

La logique présentée comme « gagnant-gagnant » est donc la suivante : les usines haïtiennes créent des emplois et exportent des vêtements, tandis que les producteurs américains peuvent vendre du coton et d’autres matières premières intégrées à ces vêtements. Les débats à la Chambre ont également mis en avant les avantages du programme pour les industries textiles américaines, la diversification des chaînes d’approvisionnement et les consommateurs.

Le renouvellement ne supprimera pas les obstacles internes

Sassine a toutefois reconnu que l’incertitude législative n’est pas le seul problème des entreprises installées en Haïti.

L’accès limité aux services bancaires complique des opérations aussi ordinaires que le paiement des salaires. Sur certains sites, les entreprises doivent faire transporter des espèces, les compter, les placer dans des enveloppes et les distribuer aux travailleurs. Selon son témoignage, une quinzaine de personnes peuvent être mobilisées pour préparer la paie d’un effectif pouvant atteindre plusieurs milliers de salariés.

« Imaginez, chaque vendredi, vous devez faire la paie. »

Ce mode de fonctionnement augmente les coûts, les risques de sécurité, les besoins de contrôle et la difficulté d’accomplir une simple tâche administrative. Il montre qu’une reconduction de HOPE/HELP pourrait préserver l’accès au marché américain sans régler les défaillances du système financier, de la sécurité, du transport, de l’électricité et des institutions publiques.

Sassine estime également que l’émergence de dirigeants légitimes issus d’élections permettrait de disposer d’autorités capables de prendre des décisions, de négocier avec les partenaires et d’assurer une plus grande continuité des politiques économiques. Cette position relève de son appréciation de la situation institutionnelle; elle souligne néanmoins que les investisseurs recherchent à la fois un cadre commercial prévisible et des interlocuteurs publics stables.

Une fenêtre législative qui se resserre

Le temps constitue désormais l’un des principaux risques. Le calendrier provisoire du Sénat prévoit une période de travail dans les États du 10 août au 11 septembre. Après la reprise, l’attention politique sera de plus en plus absorbée par les élections de mi-mandat, les débats budgétaires et d’autres priorités nationales et internationales.

Cette situation explique l’importance accordée au mois de septembre par les industriels. Les entreprises qui préparent leurs commandes pour 2027 ne peuvent pas nécessairement attendre décembre pour savoir si les produits fabriqués en Haïti resteront exemptés de droits de douane.

Même une adoption à la dernière minute pourrait arriver trop tard pour certaines décisions d’approvisionnement déjà prises plusieurs mois auparavant.

Ce qu’il faut retenir

Le rétablissement de HOPE/HELP jusqu’au 31 décembre 2026 a évité une rupture immédiate des préférences commerciales. Il n’a cependant pas fourni l’horizon recherché par les fabricants et leurs clients.

Une prolongation de cinq ans ou davantage donnerait plus de visibilité aux entreprises qui doivent planifier leurs commandes et leurs investissements. Elle pourrait faciliter la réouverture de lignes de production et la création d’emplois, mais elle ne garantit pas que les 15 000 postes évoqués par Sassine se matérialiseront.

La sécurité, l’accès bancaire, les infrastructures, la gouvernance, la disponibilité des travailleurs et la confiance des acheteurs resteront déterminants.

L’enjeu immédiat est donc double : obtenir du Congrès américain un horizon suffisamment long pour rassurer les chaînes d’approvisionnement, tout en améliorant en Haïti les conditions sans lesquelles les avantages douaniers ne pourront pas être pleinement transformés en emplois durables.

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