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Ouvriers dans une usine textile en Haïti, un secteur concerné par la hausse du salaire minimum à 1 000 gourdes par jour.

Salaire minimum : l’État fixe à 1 000 gourdes le salaire journalier dans la sous-traitance

Le gouvernement haïtien relève à 1 000 gourdes par jour le salaire minimum applicable aux ouvriers du secteur de la sous-traitance, contre 685 gourdes depuis 2022. La mesure, annoncée par le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin, s’accompagne d’un appui financier via le FAES et de mesures visant à réduire certains coûts de production, notamment dans l’énergie.

Points clés
  • Le salaire minimum du Segment F passe à 1 000 gourdes par jour, après plusieurs semaines de revendications ouvrières.
  • L’État annonce une enveloppe de 625 millions de gourdes pour appuyer les ouvriers sur les cinq derniers mois de l’exercice fiscal 2025-2026.
  • Le gouvernement veut concilier hausse salariale et maintien de l’attractivité industrielle, notamment par des mesures sur le coût de l’énergie.

Une hausse ciblée sur la sous-traitance

Le gouvernement haïtien a annoncé une revalorisation du salaire minimum dans le secteur de la sous-traitance, particulièrement sensible depuis les mobilisations ouvrières observées notamment autour de la CODEVI. Le salaire minimum applicable aux ouvriers du Segment F, qui concerne les industries d’assemblage tournées vers l’exportation et certaines industries manufacturières exportatrices, est désormais fixé à 1 000 gourdes par jour. L’annonce a été faite par le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Collin, lors d’une conférence de presse tenue au siège du Fonds d’Assistance Économique et Sociale, FAES.

Cette décision représente une hausse d’environ 46 % par rapport au salaire journalier de 685 gourdes, en vigueur depuis 2022 pour ce segment. En 2022, ce salaire avait été fixé à 685 gourdes pour une journée de huit heures dans les industries d’assemblage et les manufactures tournées vers l’exportation.

Un compromis inférieur aux revendications ouvrières

La décision intervient dans un contexte de fortes revendications sociales. Les ouvriers du textile réclamaient un salaire minimum pouvant aller jusqu’à 3 000 gourdes par jour, selon les revendications rapportées autour du mouvement à la CODEVI. Le secteur syndical, dont Batay Ouvriye, a mis en avant la perte de pouvoir d’achat, l’inflation et la précarité des conditions de vie des travailleurs.

Le Conseil supérieur des salaires avait déjà recommandé une hausse pour plusieurs segments. Pour le Segment F, les recommandations publiées faisaient état d’un salaire minimum de 950 gourdes pour huit heures de travail, ainsi qu’un salaire de production fixé à 1 300 gourdes. Le gouvernement va donc au-delà du seuil de 950 gourdes pour la partie fixe de huit heures, mais la question du salaire de production reste un point sensible, surtout dans un secteur où une partie de la rémunération dépend aussi des objectifs de production.

Un secteur affaibli mais stratégique

Pour Serge Gabriel Collin, l’enjeu ne se limite pas à la hausse du salaire. Il s’agit aussi de préserver un secteur qui a fortement reculé ces dernières années. Selon les éléments présentés lors de la conférence de presse, la sous-traitance comptait environ 70 000 emplois en 2018, contre près de 25 000 aujourd’hui. D’autres données publiques confirment la forte contraction du secteur textile : l’industrie de l’habillement comptait environ 62 000 travailleurs en décembre 2021 et aurait perdu plus de 40 000 emplois en trois ans, selon des chiffres attribués à Georges Sassine, ancien président de l’Association des industries d’Haïti.

C’est cette fragilité qui rend la décision politiquement et économiquement délicate. Une hausse salariale répond à une urgence sociale réelle, mais elle intervient dans un secteur exposé à l’insécurité, aux coûts logistiques, à l’incertitude commerciale et à la concurrence internationale.

Un appui financier via le FAES

Pour accompagner la mesure, l’État annonce une enveloppe de 625 millions de gourdes pour les cinq derniers mois de l’exercice fiscal 2025-2026. Cette enveloppe doit financer un appui direct aux ouvriers actifs du secteur, sous forme d’aide financière mensuelle administrée via le FAES.

Cette mesure vise à soutenir le pouvoir d’achat des travailleurs sans faire porter l’intégralité de l’ajustement immédiat sur les entreprises. Le montant individuel de l’appui n’est toutefois pas clairement précisé dans les informations publiques consultées.

Le pari de l’énergie pour réduire les coûts

Le gouvernement cherche aussi à envoyer un signal au secteur privé. Selon les annonces rapportées, la loi de finances rectificative devrait encourager les investissements dans les énergies renouvelables, avec des droits de douane ramenés à zéro sur les panneaux solaires, les batteries, les onduleurs et les équipements liés à l’énergie verte.

Dans le parc industriel de Caracol, le tarif de l’électricité devrait passer de 30 centimes à 21 centimes par kilowattheure à partir de janvier 2027, une baisse présentée comme un moyen de réduire les coûts de production et de soutenir l’investissement.

À travers cette annonce, l’État affirme vouloir concilier la revalorisation des revenus des ouvriers avec les préoccupations des entreprises, dans un secteur déjà fragilisé par les pertes d’emplois et les coûts de production.

Ce que cette décision révèle

Cette hausse du salaire minimum montre que la question salariale ne peut plus être traitée seulement comme un débat entre ouvriers et patronat. Elle touche à la capacité du pays à maintenir des emplois formels, à soutenir le pouvoir d’achat, à préserver une base industrielle et à éviter une désindustrialisation plus profonde.

Participants à la réunion ministérielle de la Plateforme régionale de coopération fiscale pour l’Amérique latine et les Caraïbes au siège de la CEPAL. Previous post CEPAL : les pays de la région cherchent à renforcer leurs systèmes fiscaux dans un contexte de faible croissance
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