Haïti : l’inflation ralentit, mais la vie chère persiste
L’inflation continue de ralentir en Haïti, mais elle reste très élevée dans les postes qui touchent directement le pouvoir d’achat : alimentation, logement, restaurants et biens essentiels. En mars 2026, l’IHSI affiche une inflation annuelle de 20,6 %, contre 22,1 % en février. Mais dans un pays frappé par la crise économique, l’insécurité alimentaire et la hausse récente des prix des produits pétroliers, cette décélération reste limitée et vulnérable à de nouveaux chocs.
- L’inflation annuelle est tombée à 20,6 % en mars 2026, mais les prix continuent d’augmenter mois après mois.
- L’inflation alimentaire reste supérieure à l’inflation générale, à 22,9 %, alors que plus de 5,83 millions de personnes sont en insécurité alimentaire aiguë élevée.
- Le choc pétrolier d’avril risque de raviver les pressions sur le transport, les prix alimentaires et les coûts d’approvisionnement.
L’IHSI confirme une poursuite du ralentissement de l’inflation
L’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) confirme une poursuite du ralentissement de l’inflation en mars 2026. L’indice général des prix à la consommation est passé de 585,7 en février à 590,6 en mars, soit une variation mensuelle de 0,8 %. En rythme annuel, l’inflation recule à 20,6 %, contre 22,1 % un mois plus tôt. L’IHSI précise aussi que les effets retardés de la guerre au Moyen-Orient sur les prix locaux ne se faisaient pas encore véritablement sentir en mars.
Ce ralentissement ne doit toutefois pas être confondu avec une baisse du coût de la vie. Les prix ne reculent pas ; ils continuent d’augmenter, simplement à un rythme moins rapide qu’auparavant. Selon les données de l’IHSI, l’indice général des prix est passé de 141,2 en mars 2020 à 590,6 en mars 2026. Cela signifie que le niveau général des prix a été multiplié par environ 4,2 sur la période, soit une hausse cumulée d’environ 318 %. Pour les produits alimentaires et boissons non alcoolisées, la hausse est encore plus lourde : l’indice est passé de 150,0 à 735,6, soit une multiplication par près de 4,9 et une augmentation cumulée d’environ 390 %.
La pression reste particulièrement forte dans les postes les plus sensibles pour les ménages, notamment les dépenses vitales et quotidiennes. En mars 2026, l’inflation annuelle atteint 22,9 % pour les produits alimentaires et boissons non alcoolisées, 23,4 % pour le logement, eau, gaz, électricité et autres combustibles, et 24,3 % pour les restaurants. Ces chiffres montrent que la décélération générale masque encore une inflation très élevée dans les dépenses qui conditionnent directement la vie quotidienne des familles.
L’inflation alimentaire en Haïti reste élevée
C’est ici que la situation devient plus préoccupante. L’inflation alimentaire reste élevée au moment même où Haïti traverse une crise alimentaire majeure. Selon la mise à jour IPC pour mars-juin 2026, environ 5,83 millions de personnes, soit 52 % de la population analysée, se trouvent en insécurité alimentaire aiguë élevée, en Phase 3 ou plus. Près de 1,83 million de personnes sont en situation d’Urgence, Phase 4. Le rapport souligne que l’accès financier à la nourriture reste fortement limité par les prix élevés et le manque de revenus stables.
La hausse des prix pétroliers ajoute un autre risque. Les prix affichés par le Ministère de l’Economie et des Finances (MEF) indiquent désormais 725 gourdes pour la gazoline, 850 gourdes pour le gazoil et 845 gourdes pour le kérosène par gallon. L’ajustement annoncé le 2 avril correspond à une hausse de 37 % pour le diesel et de 29 % pour la gazoline.
Cette hausse peut se transmettre à l’économie par plusieurs canaux : transport des marchandises, coût de fonctionnement des génératrices, distribution alimentaire, prix de l’eau, prix des services et marges commerciales. Même si l’inflation du transport reste relativement faible en mars, à 4,2 % sur un an, ce chiffre précède les nouveaux prix pétroliers. Le risque est donc que le ralentissement observé au premier trimestre soit affaibli dans les mois suivants.
Lecture Haïti Économie
L’inflation ralentit, mais la vie ne devient pas moins chère. Pour une population déjà paupérisée, une inflation de 20,6 % reste un choc majeur, surtout lorsque l’alimentation augmente encore plus vite que l’indice général.
La situation est d’autant plus préoccupante que l’inflation en Haïti ne découle pas uniquement d’un déséquilibre des prix ou d’ordre monétaire ; elle s’inscrit également au cœur d’une crise productive, sécuritaire et sociale. L’insécurité perturbe les chaînes d’approvisionnement, réduit les revenus, entrave l’activité économique et fait grimper les coûts logistiques. Dans ce contexte, une baisse du taux d’inflation ne suffit pas à restaurer le pouvoir d’achat.
Le vrai enjeu n’est donc pas seulement de ramener l’inflation à un niveau plus bas. Il est de protéger les ménages contre les prix alimentaires, de contenir les effets du choc pétrolier et de rétablir les conditions minimales de production, de circulation et d’approvisionnement. Sans cela, la décélération statistique de l’inflation risque de rester invisible dans le panier quotidien des familles.
- IHSI, Indice des prix à la consommation, mars 2026, « Le Coin de l’IPC » — télécharger le document source .
- IPC, Analyse de l’insécurité alimentaire aiguë, mars-juin 2026. — télécharger le document source .
- Ministère de l’Economie et des Finances (MEF), Prix des produits pétroliers
- Calculs Haïti Économie à partir des bulletins mensuels Le Coin de l’IPC de l’IHSI.

130.54
vnt 130.93
vnt 131.50
vnt 131.50
vnt 131.50
vnt 139.00
vnt 132.00
vnt 131.50
vnt 131.50
vnt 131.50