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Vue de la zone de l’aéroport international Toussaint Louverture à Port-au-Prince, au cœur des préoccupations sécuritaires soulevées par des entreprises industrielles.

Barbancourt, La Couronne, Séjourné et Comme Il Faut alertent l’État : une zone stratégique aux portes de l’aéroport menace de basculer

Des entreprises industrielles majeures, dont Rhum Barbancourt, Brasserie de la Couronne, Brasserie Séjourné S.A. et, plus récemment, Comme Il Faut, alertent les autorités haïtiennes sur la dégradation rapide de la sécurité et des infrastructures autour de zones stratégiques de Port-au-Prince, notamment près de l’aéroport international Toussaint Louverture.

Points clés
  • Les entreprises dénoncent une situation qui menace leurs opérations, leurs employés, leurs fournisseurs et les populations riveraines.
  • Les axes Drouillard-Cazeau, BIM-Carrefour Rita et Route Nationale no 1 sont décrits comme difficiles, voire impossibles, à emprunter normalement.
  • Selon les entreprises, l’état de la Route Nationale no 1 empêche même les blindés de la PNH d’accéder correctement à certains points stratégiques.
  • Plus de 160 000 emplois directs et indirects seraient concernés, en incluant les chaînes d’approvisionnement, de production et de distribution.
  • L’enjeu dépasse le secteur privé : il touche aussi la sécurité de l’aéroport, la continuité des services essentiels et le contrôle territorial de l’État.

Un appel d’urgence venu du secteur productif

Un groupe d’entreprises parmi les plus emblématiques du pays a lancé un appel direct à l’État haïtien face à la détérioration de la situation sécuritaire et routière dans plusieurs zones stratégiques de la capitale. Dans un communiqué de presse daté du 29 avril 2026, Rhum Barbancourt, Brasserie de la Couronne et Brasserie Séjourné S.A. ont alerté les autorités sur les affrontements armés survenus entre le 18 et le 21 avril aux abords immédiats de leurs installations, entre la Route Nationale no 1 et la Route 9. Le Nouvelliste a également rapporté que ces trois entreprises industrielles ont publié ce communiqué pour alerter sur la situation critique dans la plaine du Cul-de-Sac, aux portes de l’aéroport.

Selon les informations communiquées, Comme Il Faut s’est plus récemment associée à cette démarche, notamment à travers une lettre adressée à la Primature, au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, ainsi qu’à plusieurs ministères concernés. Le gouvernement haïtien présente Didier Fils-Aimé comme Premier ministre dans ses communications officielles de mars 2026.

Le message des entreprises est clair : la zone concernée ne fait pas seulement face à une difficulté ponctuelle. Elle risque de devenir un espace coupé du fonctionnement normal du pays, alors même qu’elle se trouve à proximité d’un périmètre stratégique : l’aéroport international Toussaint Louverture.

Infrastructure et sécurité : deux problèmes liés

Lors d’une intervention à Panel Magik avec le journaliste Roberson Alphonse, Francesca Eugène, représentante de Barbancourt, a résumé le problème autour de deux axes : l’infrastructure et la sécurité. Selon elle, les entreprises ne font pas seulement face à la menace directe des groupes armés. Elles sont aussi confrontées à l’impossibilité matérielle de circuler normalement dans certaines zones.

Les corridors Drouillard-Cazeau, BIM-Carrefour Rita et Route Nationale no 1 sont devenus extrêmement difficiles à emprunter. Des tranchées pouvant atteindre environ 1.5 mètre de profondeur compliqueraient la circulation, y compris celle des véhicules blindés de la Police nationale d’Haïti. Le communiqué souligne d’ailleurs que la dégradation de la Route Nationale no 1 empêche les blindés d’accéder correctement à des points stratégiques comme l’ancien commissariat de Cazeau ou le ministère de l’Agriculture, sans risquer de s’embourber.

Autrement dit, le problème n’est pas seulement que l’État doit envoyer davantage de forces de sécurité. Les entreprises soutiennent que les forces publiques doivent d’abord pouvoir accéder à la zone, circuler autour du périmètre de l’aéroport et reprendre le contrôle des axes essentiels.

Des entreprises productives, pas seulement commerciales

L’alerte est d’autant plus importante que ces entreprises appartiennent au noyau productif de l’économie haïtienne. Barbancourt, La Couronne, Séjourné et Comme Il Faut ne sont pas seulement des revendeurs de produits importés. Elles produisent localement, emploient directement des milliers de personnes et soutiennent de vastes réseaux de fournisseurs, de distributeurs, de planteurs, de transporteurs et de petits acteurs économiques.

Dans leur communiqué, les entreprises rappellent que La Couronne emploie plus de 1 100 personnes, que Barbancourt emploie plus de 1 000 personnes et travaille avec 3 000 planteurs, et que Séjourné emploie près de 400 personnes tout en soutenant environ 40 000 emplois indirects. Ensemble, ces entreprises représentent plus de 2 500 emplois directs et près de 160 000 emplois indirects.

L’enjeu dépasse donc les murs des usines. Si ces zones deviennent impraticables, ce sont des circuits entiers d’approvisionnement, de production et de distribution qui peuvent être paralysés. Les employés ont déjà de grandes difficultés à se rendre sur leur lieu de travail, obligeant les entreprises à prendre des mesures exceptionnelles pour assurer une présence minimale sur site.

Un risque pour l’économie et les services essentiels

La situation affecte aussi l’accès à certains services essentiels. La Fondation Barbancourt, contrainte de suspendre ses services, prend normalement en charge plus de 1 500 patients par mois et accompagne chaque jour plus de 400 enfants, selon le communiqué.

Pour ces entreprises, laisser cette zone se dégrader reviendrait à abandonner à la fois des familles, des emplois, une partie de l’économie nationale et un périmètre stratégique aux portes de l’aéroport. Leur demande porte donc sur des mesures concrètes : réhabiliter les routes, permettre à la PNH d’intervenir, reprendre le contrôle de la zone et sécuriser durablement les populations.

Cette alerte met en lumière une réalité plus large : quand l’insécurité coupe les axes productifs, elle ne touche pas seulement les entreprises. Elle fragilise la capacité du pays à produire, à collecter des taxes, à maintenir des emplois et à protéger ses infrastructures stratégiques. Pour une économie déjà affaiblie, la perte progressive de ces corridors représenterait un choc supplémentaire.

Le message adressé à l’État est sans ambiguïté : le temps des constats est dépassé. Sans réhabilitation urgente des axes routiers et sans reprise effective du contrôle territorial, aucune relance normale des activités économiques ni sécurisation crédible du périmètre aéroportuaire ne paraît possible.

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