Budget 2025-2026 : quand les crédits tardent à devenir services
À fin avril 2026, sept mois après le début de l’exercice fiscal, l’État haïtien n’avait utilisé que 45.74 % de ses crédits annuels. Dans un contexte de crise sécuritaire, humanitaire et économique profonde, ce niveau d’exécution souligne les difficultés de l’administration publique à transformer les ressources budgétaires en services, en investissements utiles et en réponses concrètes pour la population. Sur 275.44 milliards de gourdes de crédits annuels, 125.99 milliards avaient été dépensés au 30 avril, laissant près de 149.37 milliards de gourdes encore non utilisés.
- Seulement 45.74 % des crédits annuels avaient été utilisés à fin avril.
- Le secteur économique affiche un faible taux d’exécution : 36.71 %.
- La PNH avance plus vite que l’agriculture, les travaux publics et la défense.
Une exécution en dessous du rythme attendu
L’exercice fiscal haïtien commence le 1er octobre. Sur 275.44 milliards de gourdes prévus au budget, 125.99 milliards avaient été dépensés, laissant près de 149.37 milliards de gourdes encore non utilisés. À la fin avril, environ sept mois sur douze sont déjà écoulés. À un rythme linéaire, l’exécution budgétaire pourrait donc se situer autour de 58 %. Le niveau observé de 45.74 % suggère un retard dans l’utilisation des crédits, même si certaines dépenses ne suivent pas toujours un rythme régulier au cours de l’année.
Ce retard pèse d’autant plus que les besoins publics sont élevés, qu’il s’agisse de sécuriser les routes, de soutenir l’agriculture, de maintenir les services sociaux ou d’améliorer l’assainissement dans les quartiers.
Les secteurs économiques avancent lentement
Le secteur économique présente un taux d’exécution de seulement 36.71 %. Certaines institutions liées à la production et aux infrastructures affichent des niveaux particulièrement faibles. Le ministère de l’Agriculture a utilisé 28.28 % de ses crédits, tandis que le ministère des Travaux publics, Transports et Communications affiche 26.15 %.
Ces chiffres sont préoccupants dans une économie déjà en contraction. Quand les crédits destinés à l’agriculture, aux infrastructures ou au développement économique sont faiblement exécutés, cela peut ralentir davantage la reprise, limiter l’appui aux producteurs, affaiblir les services publics de base et retarder les investissements dont dépend l’activité locale.
Le social avance, mais reste sous pression
Le secteur social a utilisé 48.17 % de ses crédits. L’Éducation nationale affiche 48.84 %, la Santé publique 47.71 %, et les Affaires sociales 44.64 %. Ces niveaux sont proches de la moyenne générale, mais restent faibles au regard des besoins sociaux du pays.
Dans un contexte d’insécurité alimentaire, de déplacements internes, de pression sur les hôpitaux et de baisse du pouvoir d’achat, la capacité de l’État à exécuter rapidement les crédits sociaux est essentielle. Un crédit inscrit au budget ne produit aucun effet concret tant qu’il n’est pas transformé en services, programmes ou interventions réelles.
Un paradoxe dans l’effort sécuritaire
Le secteur politique affiche un taux d’exécution plus élevé, à 57.97 %. À l’intérieur de ce secteur, le ministère de la Justice atteint 70.67 %, tandis que la Police nationale d’Haïti affiche 73.48 % d’utilisation de ses crédits. Ces niveaux montrent une exécution budgétaire plus avancée du côté de la sécurité intérieure.
En revanche, le ministère de la Défense n’a utilisé que 27.73 % de ses crédits, et les Forces armées d’Haïti seulement 25.10 %. Cette différence suggère que l’effort budgétaire sécuritaire reste davantage concentré sur la PNH que sur la défense nationale.
Ce contraste soulève une question plus large. Certains experts, dont le colonel Himmler Rébu, estiment que la nature de la crise dépasse désormais le cadre strictement policier et exige des capacités plus proches d’une réponse militaire. Or, au moment même où les forces nationales disposent encore de marges budgétaires peu exécutées, une force étrangère est déployée pour appuyer la lutte contre les groupes armés.
Sans conclure que l’une ou l’autre approche serait automatiquement suffisante, le paradoxe mérite d’être posé. Les capacités locales restent limitées, tandis que la réponse internationale prend une place croissante. La question n’est donc pas seulement combien l’État consacre à la sécurité, mais quel type de capacité nationale il construit réellement.
Des chiffres visibles dans la vie quotidienne
Quand les crédits publics ne sont pas exécutés à temps, le retard budgétaire devient une réalité vécue. Il se voit dans l’état des routes, la collecte irrégulière des déchets, l’entretien insuffisant des canaux de drainage et la faiblesse de l’appui public à l’agriculture. Pour les ménages, ces retards se traduisent par un cadre de vie plus difficile, des risques d’inondation plus élevés, moins de services et moins d’opportunités économiques.

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