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Haïti : le Trésor s’appuie de plus en plus sur la BRH et les banques commerciales

Au 31 mai 2026, le Trésor affiche un déficit de trésorerie de 38.2 milliards de gourdes. La forte hausse du financement de la BRH et des banques commerciales soulève des risques pour l’inflation, le crédit et les finances publiques.

Le gouvernement haïtien, par l’intermédiaire du ministère de l’Économie et des Finances, a publié son Tableau des opérations financières de l’État au 31 mai 2026. Les données révèlent que, malgré la hausse des recettes publiques, le Trésor doit recourir fortement au financement de la Banque de la République d’Haïti et des banques commerciales pour répondre à ses besoins de liquidité.

Points clés
  • Le Trésor affiche un déficit de trésorerie de 38.2 milliards de gourdes.
  • Le financement intérieur net atteint 45.1 milliards, contre 1.3 milliard un an plus tôt.
  • Cette dépendance peut alimenter l’inflation et réduire le crédit disponible.

Cette stratégie permet à l’État de maintenir ses paiements à court terme, mais elle peut finir par peser sur la population si elle se prolonge. Le financement de la BRH peut accroître les pressions inflationnistes et, indirectement, les tensions sur le taux de change. De son côté, le recours aux banques commerciales peut réduire les ressources disponibles pour financer les ménages et les entreprises.

À plus long terme, la progression de la dette et de son coût peut aussi limiter les fonds consacrés aux services publics, aux infrastructures et au développement économique.

Au 31 mai, le Trésor affichait un déficit de trésorerie de 38.2 milliards de gourdes, malgré un excédent de 7.2 milliards sur la base des engagements. Cette différence montre qu’un solde comptable positif ne suffit pas à éliminer les difficultés de trésorerie lorsque les décaissements et les remboursements de dette absorbent une part importante des ressources disponibles.

Un recours massif au financement intérieur

Pour couvrir ce besoin et faire face aux remboursements extérieurs, le Trésor a obtenu 45.1 milliards de gourdes de financement intérieur net entre octobre 2025 et mai 2026. Ce montant est sans commune mesure avec les 1.3 milliard de gourdes enregistrés durant la même période de l’exercice précédent. Le recours net au financement intérieur a ainsi été multiplié par plus de 30 en un an.

La Banque centrale représente une source importante de ce financement. Le financement net de la BRH atteint 25.8 milliards de gourdes, contre un solde négatif de 10.5 milliards un an plus tôt. Ce retournement montre que le Trésor s’appuie désormais fortement sur le financement monétaire pour répondre à ses besoins de liquidité.

Les banques commerciales ont, de leur côté, fourni un financement net de 23 milliards de gourdes, en hausse de 51 % par rapport aux 15.2 milliards enregistrés entre octobre 2024 et mai 2025.

La ventilation publiée ne se réconcilie toutefois pas entièrement avec le total du financement intérieur net, ce qui pourrait refléter des ajustements ou le caractère encore provisoire des données.

Les bons du Trésor au centre du dispositif

Le financement fourni par les banques commerciales passe principalement par les titres publics. Sur la période, l’État a émis 181.1 milliards de gourdes de titres, mais en a remboursé 158.1 milliards. Le solde net des émissions ressort donc à environ 23 milliards de gourdes.

Ce montant représente déjà près de 80 % de la programmation nette prévue pour l’ensemble de l’exercice, fixée à 29 milliards de gourdes. Le Trésor a donc utilisé une grande partie de sa marge annuelle de financement par les bons avant même la fin du mois de mai.

Des recettes en hausse, mais insuffisantes pour la trésorerie

Les administrations fiscales et douanières ont mobilisé 143.2 milliards de gourdes. Les décaissements de l’administration centrale ont toutefois atteint 146.6 milliards, soit environ 3.4 milliards de plus que les recettes encaissées.

Par ailleurs, le Trésor a dû rembourser 6.9 milliards de gourdes de dette extérieure, sans bénéficier de nouveaux prêts ni de dons budgétaires étrangers décaissés durant la période. Dans ce contexte, la BRH et les banques commerciales ont constitué les principales sources de financement du Trésor.

L’écart entre les recettes et les décaissements, combiné aux remboursements de dette extérieure, a accru les besoins de liquidité de l’État. Ces éléments ne suffisent toutefois pas à expliquer, à eux seuls, le déficit de trésorerie de 38.2 milliards de gourdes. Le tableau des opérations financières de l’état fait également apparaître un ajustement de trésorerie de 45.4 milliards, dont la composition n’est pas détaillée.

Une dépendance qui comporte des risques

Alors que les données au 31 mai pourront être révisées. Elles montrent néanmoins que le fonctionnement financier de l’État repose de plus en plus sur le soutien du système bancaire national.

À court terme, ces financements permettent au Trésor de couvrir ses dépenses et d’honorer ses échéances. Mais leur progression rapide soulève des questions sur la soutenabilité de cette stratégie.

Un recours persistant au financement de la BRH peut accentuer les pressions inflationnistes, surtout si les liquidités augmentent plus rapidement que la production et les recettes publiques. Il peut également contribuer indirectement aux tensions sur le taux de change.

De son côté, la mobilisation croissante des banques commerciales au profit du Trésor peut réduire les ressources disponibles pour financer les entreprises, les ménages et l’investissement privé. Les titres publics représentent généralement une option moins risquée pour les banques que les prêts accordés au secteur privé.

Une stratégie plus durable devrait donc reposer sur le rétablissement de la sécurité, la reprise de l’activité économique et l’élargissement de la base fiscale. Une économie plus productive permettrait à l’État de collecter davantage de recettes sans dépendre autant du financement bancaire. Cela suppose aussi de renforcer les administrations fiscales et douanières, de réduire les pertes et les dépenses peu prioritaires, d’améliorer l’exécution budgétaire et d’orienter davantage de ressources vers les investissements capables de soutenir la production, l’emploi et les recettes futures.

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