L’exercice fiscal 2025-2026 s’achève sur une économie haïtienne toujours en récession, malgré des signes plus favorables sur le front de la stabilité macroéconomique. Le ralentissement de l’inflation, la relative stabilité de la gourde, le renforcement des réserves internationales et le maintien d’importants transferts de la diaspora n’ont pas encore suffi à relancer durablement l’activité économique. Le contraste résume largement l’année écoulée : davantage de stabilité, mais toujours pas de véritable reprise.
- L’économie devrait s’être contractée pour une huitième année consécutive en 2025-2026.
- L’inflation a fortement ralenti tandis que la gourde et les réserves internationales ont offert une certaine stabilité.
- Cette amélioration de plusieurs indicateurs ne s’est pas encore traduite par une véritable reprise de la production, de l’investissement et de l’emploi.
Une huitième année de contraction économique
C’est probablement le chiffre qui résume le mieux les difficultés persistantes de l’économie haïtienne. Selon les dernières estimations du Fonds monétaire international (FMI), l’activité économique devrait s’être contractée pour une huitième année consécutive au cours de l’exercice 2025-2026.
L’insécurité persistante, la hausse des prix internationaux du pétrole et les difficultés du secteur textile ont continué de peser sur l’activité économique. Le FMI souligne également que l’intermédiation financière demeure faible dans un contexte marqué par une activité réduite et une forte incertitude.
Autrement dit, malgré certaines améliorations observées ailleurs dans l’économie, Haïti n’est toujours pas parvenue à renouer avec la croissance.
L’inflation ralentit sensiblement
L’un des changements les plus visibles de l’exercice concerne toutefois l’inflation. Après avoir dépassé 32 % sur un an en octobre 2025, elle devrait se situer autour de 16 % à la fin de l’exercice 2025-2026, selon le FMI. Cette décélération a notamment été favorisée par la relative stabilité du taux de change.
La baisse du taux d’inflation ne signifie cependant pas que les prix sont revenus à leurs niveaux antérieurs. Elle signifie essentiellement qu’ils augmentent moins rapidement. Après plusieurs années de fortes hausses, le niveau général des prix demeure donc élevé pour les ménages.
Une gourde relativement stable
La stabilité du taux de change constitue un autre élément marquant de l’année. Contrairement aux périodes de fortes dépréciations qui ont alimenté l’inflation par le passé, la gourde a connu une période de relative stabilité face au dollar.
Pour une économie fortement dépendante des importations, notamment pour les produits alimentaires, les carburants et de nombreux biens de consommation, cette stabilité contribue à limiter certaines pressions inflationnistes.
Elle constitue néanmoins davantage un élément de stabilisation qu’un signe de reprise économique.
Les réserves internationales continuent de progresser
La position extérieure du pays s’est également renforcée. Les réserves internationales nettes atteignaient environ 1.9 milliard de dollars à la fin juin 2026, largement au-dessus du plancher fixé dans le programme suivi par le FMI, tandis que les réserves internationales brutes représentaient environ sept mois d’importations futures.
Cette accumulation offre à la Banque de la République d’Haïti (BRH) un coussin important face aux chocs extérieurs. Elle contribue également à soutenir la confiance dans le marché des changes.
Les transferts de la diaspora restent un pilier
Cette position extérieure relativement solide repose en partie sur les importants transferts reçus de la diaspora. Selon le FMI, ces entrées de devises continuent de soutenir le compte courant et les réserves internationales malgré le déséquilibre commercial du pays.
Les transferts jouent ainsi un rôle d’amortisseur. Ils alimentent les dépenses des ménages, fournissent des devises à l’économie et compensent en partie le déséquilibre entre les importations et les exportations.
Cette dépendance constitue toutefois également une vulnérabilité. La Banque mondiale a d’ailleurs identifié la volatilité potentielle des transferts parmi quatre grands défis économiques auxquels Haïti devra faire face dans les prochaines années.
Un nouveau salaire minimum après quatre ans
L’exercice a également été marqué par la première révision du salaire minimum depuis 2022. Depuis le 6 mai 2026, le minimum journalier est notamment passé de 770 à 1 000 gourdes dans le segment A, qui comprend entre autres les banques, les télécommunications et les supermarchés ; de 615 à 900 gourdes dans le bâtiment et les travaux publics; et de 540 à 760 gourdes dans le segment C, qui regroupe notamment les restaurants et l’agriculture.
Cette augmentation intervient après plusieurs années durant lesquelles l’inflation avait fortement réduit le pouvoir d’achat des travailleurs.
Elle pourrait cependant également exercer de nouvelles pressions sur les coûts des entreprises et, éventuellement, sur les prix. Le FMI cite d’ailleurs la transmission des hausses du salaire minimum parmi les facteurs susceptibles de maintenir certaines pressions inflationnistes.
Le textile reste sous pression
Le secteur textile, historiquement l’une des principales sources d’exportations formelles et d’emplois industriels du pays, a continué de traverser une période difficile. Le FMI cite explicitement les faibles perspectives des exportations de textile et d’habillement parmi les facteurs ayant pesé sur l’activité économique en 2025-2026.
Cette faiblesse intervient alors que le secteur doit déjà composer avec l’insécurité, les perturbations logistiques et les incertitudes entourant son accès préférentiel au marché américain.
La question dépasse donc le simple cadre des exportations. Elle concerne également la capacité d’Haïti à préserver et potentiellement développer une base productive tournée vers les marchés internationaux.
Des finances publiques toujours sous forte pression
Les finances publiques sont restées sous pression, entre faibles recettes et besoins importants liés notamment à la sécurité et à la situation humanitaire. La flambée des prix internationaux du pétrole a ajouté une contrainte supplémentaire.
Le FMI estimait que la hausse des prix internationaux du pétrole pourrait ajouter environ 180 millions de dollars à la facture d’importation de carburants d’Haïti au cours de l’exercice, par rapport au coût attendu avant le choc pétrolier.
Pour limiter la transmission de cette hausse aux consommateurs, l’État a mis en place un nouveau mécanisme de fixation des prix des produits pétroliers reposant sur une concertation avec les acteurs du secteur. Les prix à la pompe ont ainsi été ajustés sans répercuter immédiatement l’intégralité de la hausse internationale, au prix toutefois d’un manque à gagner pour les finances publiques.
Le problème n’est donc pas uniquement de déterminer combien l’État souhaite dépenser, mais aussi sa capacité à mobiliser des recettes, exécuter correctement le budget et orienter les ressources disponibles vers les priorités.
Stabilité sans reprise
Au terme de l’exercice 2025-2026, deux réalités économiques coexistent. D’un côté, plusieurs indicateurs montrent une amélioration : l’inflation ralentit, la gourde demeure relativement stable, les réserves internationales sont importantes et les transferts continuent d’alimenter l’économie.
De l’autre, la production nationale continue de reculer, l’investissement demeure contraint, le secteur textile reste fragile et les finances publiques disposent de marges limitées. C’est peut-être là le principal enseignement économique de l’exercice qui vient de s’achever : Haïti a connu certains éléments de stabilité macroéconomique sans parvenir, jusqu’ici, à les transformer en reprise de l’économie réelle.
