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Semaine de l’Industrie : une vitrine utile, mais peut-elle réellement relancer l’industrie haïtienne ?

La première Semaine de l’Industrie a mis en valeur les capacités de production et le savoir-faire des entreprises haïtiennes. Mais au-delà des visites, panels et foires, la relance industrielle dépendra surtout d’améliorations concrètes de l’environnement des affaires.

Du 1er au 3 octobre 2026, le ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI) a organisé la première Semaine de l’Industrie, placée sous le thème « Vers la redynamisation du secteur industriel haïtien ». Visites d’entreprises, panels, rencontres avec des entrepreneurs, distinctions et grande foire ont permis pendant trois jours de mettre en avant une partie de ce qu’Haïti produit encore malgré un environnement économique particulièrement difficile.

Points clés
  • La Semaine de l’Industrie a mis en avant le potentiel productif et le savoir-faire des entreprises haïtiennes.
  • L’insécurité, l’instabilité, la faiblesse des infrastructures, les obstacles administratifs et douaniers, ainsi que l’accès limité au crédit restent des freins majeurs.
  • Le véritable impact de l’initiative dépendra des réformes concrètes mises en œuvre après les visites, panels et activités de promotion.

Cette initiative a le mérite de mettre en lumière une réalité parfois éclipsée par la crise : Haïti compte encore des entreprises capables de produire, d’investir et d’employer des centaines de personnes. Toutefois, une question demeure après les discours, les visites et les stands d’exposition : dans quelle mesure ce type d’événement peut-il véritablement contribuer à une nouvelle phase d’industrialisation du pays ?

Trois jours pour montrer ce qui se produit encore en Haïti

Le 2 octobre, une délégation gouvernementale conduite notamment par le ministre du Commerce et de l’Industrie, James Monazard, et le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Colin, a visité plusieurs entreprises installées à la SONAPI et le long de la route de l’Aéroport.

Farmatrix, Cintas, DMS S.A., Brana et Caribbean Baking Company figuraient parmi les entreprises visitées. Selon le MCI, ces déplacements devaient permettre aux autorités de mieux comprendre leurs capacités de production, leurs difficultés et leurs perspectives de développement.

Les chiffres présentés donnent une idée du poids de certaines de ces entreprises. Farmatrix, spécialisée dans les produits pharmaceutiques, compterait plus de 187 emplois directs. Brana emploierait environ 800 personnes et disposerait d’une capacité de production supérieure à 42 000 bouteilles par jour. Caribbean Baking Company compterait entre 600 et 700 employés.

La dernière journée s’est poursuivie à El Rancho Convention Center avec une grande foire réunissant entreprises, entrepreneurs et public. Produits alimentaires, boissons, solutions industrielles et autres productions locales y ont été présentés. Certaines entreprises ont également profité de l’événement pour recueillir des CV de jeunes à la recherche d’un emploi.

Le Gouvernement veut diversifier la production

Dans son intervention, James Monazard a insisté sur la nécessité de diversifier la base industrielle haïtienne et de renforcer la production nationale. Il a notamment déclaré qu’un pays qui ne réfléchit pas à ce qu’il produit laisse à d’autres le soin de décider de ce qu’il consommera.

D’autres interventions ont mis l’accent sur le « Made in Haïti », les énergies renouvelables, le recyclage, les technologies propres, le numérique et le développement du capital humain. Trois panels ont également abordé les besoins de l’industrie, notamment l’accès aux intrants et le rapprochement entre producteurs locaux et entreprises.

Ces discussions vont dans le sens d’une réflexion nécessaire sur la production nationale. Mais elles ne suffisent pas, à elles seules, à créer les conditions d’une industrialisation.

La question centrale : que se passe-t-il après la Semaine de l’Industrie ?

Une foire peut donner de la visibilité aux producteurs. Une visite ministérielle peut permettre aux autorités de mieux comprendre les difficultés des entreprises. Des panels peuvent rapprocher des acteurs qui se parlent insuffisamment.

Mais industrialiser un pays suppose surtout de modifier durablement les conditions dans lesquelles les entreprises investissent, produisent, empruntent, importent leurs équipements, transportent leurs marchandises et font respecter leurs contrats. C’est là que se situe probablement le principal défi de l’initiative.

La Banque mondiale décrit elle-même l’environnement économique haïtien comme contraint par l’instabilité politique, la violence, des problèmes de gouvernance et un environnement des affaires peu favorable. Sa stratégie 2025-2029 pour Haïti considère d’ailleurs l’amélioration de l’environnement permettant au secteur privé d’investir comme l’un des fondements nécessaires à une reprise.

Sécurité, infrastructures et État de droit

Il est difficile d’imaginer une expansion industrielle durable sans sécurité suffisante pour déplacer les salariés, les matières premières et les produits finis.

À cela s’ajoute la faiblesse des infrastructures. La Banque mondiale estime à environ 3 450 kilomètres l’ensemble du réseau routier haïtien et souligne que l’insécurité, les difficultés d’approvisionnement en matériaux et en carburant ainsi que le départ de ressources humaines qualifiées compliquent déjà l’exécution des projets d’infrastructure.

L’électricité, les routes, les ports, les télécommunications et la logistique ne sont donc pas simplement des questions de services publics : ils déterminent directement le coût de production d’une entreprise installée en Haïti.

La même interrogation concerne l’État de droit. Un industriel qui engage plusieurs millions de dollars doit pouvoir raisonnablement anticiper les règles qui s’appliqueront à son entreprise, protéger ses actifs, faire respecter ses contrats et obtenir réparation en cas de litige.

Et les obstacles administratifs ?

Une véritable politique industrielle devrait également s’attaquer aux coûts invisibles de l’investissement.

Combien de procédures faut-il accomplir pour créer, agrandir ou formaliser une entreprise industrielle ? Combien de temps faut-il pour obtenir certaines autorisations ? Les règles sont-elles prévisibles et appliquées de manière uniforme ?

Les procédures douanières constituent également une question stratégique. Une industrie moderne doit souvent importer des machines, des pièces détachées ou des intrants avant de pouvoir produire localement. Des délais excessifs, des coûts imprévisibles ou des pratiques inégales peuvent rapidement neutraliser les avantages d’un investissement productif.

Ces problèmes mériteraient donc des objectifs mesurables : réduction du nombre de procédures, délais maximums, numérisation des démarches, transparence des frais et mécanismes permettant aux entreprises de contester les décisions administratives.

Le crédit : un obstacle beaucoup moins visible

Un autre problème fondamental apparaît peu dans les cérémonies : comment financer l’investissement industriel ?

Les dernières données disponibles de la Banque mondiale situent le crédit domestique au secteur privé en Haïti à environ 3,2 % du PIB en 2025, un niveau extrêmement faible. Les données du FMI montrent également une contraction considérable du crédit au secteur privé au cours des dernières années.

Pour une entreprise, cela signifie qu’acheter une nouvelle machine, agrandir une usine ou financer son fonds de roulement dépend beaucoup plus des ressources propres que dans une économie disposant d’un système financier plus profond.

La prudence des banques n’est pas incompréhensible dans un environnement à haut risque. Mais elle révèle aussi des faiblesses plus profondes : capacité limitée d’évaluer le risque de crédit, informations financières insuffisantes sur de nombreuses entreprises, difficulté d’identifier et de valoriser les garanties, faible formalisation et absence d’un système de notation de crédit suffisamment développé.

Une politique de redynamisation industrielle devrait donc poser une question très concrète : comment faire passer davantage d’épargne du système financier vers les investissements productifs ?

De la promotion industrielle à une politique industrielle

La Semaine de l’Industrie peut avoir une utilité réelle si elle constitue un point de départ. Elle permet de montrer qu’une base productive existe encore. Elle rapproche l’État de certaines entreprises. Elle valorise les produits fabriqués localement et peut contribuer à modifier la perception d’un pays souvent présenté uniquement à travers ses crises.

Mais promouvoir l’industrie n’est pas la même chose qu’industrialiser. La différence se mesurera dans ce qui suivra : sécurité des zones productives, accès à l’électricité et aux infrastructures, simplification administrative, fonctionnement des douanes, accès au crédit, règles du jeu prévisibles, protection des investissements, formation professionnelle et intégration des producteurs locaux dans les chaînes d’approvisionnement.

Le MCI présente cette première édition comme un point de départ vers une industrie plus moderne et dynamique. C’est précisément ainsi qu’elle devrait être évaluée. Non pas seulement par le nombre de stands visités, de panels organisés ou d’entreprises mises à l’honneur, mais par les réformes concrètes qui en découleront.

La question après la première Semaine de l’Industrie n’est donc pas de savoir si Haïti possède encore des entrepreneurs et des capacités de production. L’événement en a apporté plusieurs exemples. La vraie question est de savoir si l’État peut progressivement créer l’environnement permettant à ces entreprises, et surtout à de nouvelles, d’investir, de grandir et de produire à une échelle beaucoup plus importante.

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