Le Conseil d’administration de la Banque de la République d’Haïti a présenté, le 21 juillet 2026, son analyse de la conjoncture économique et des perspectives à court terme. La Banque centrale a dressé un tableau contrasté. La gourde demeure relativement stable, les réserves internationales progressent et le système bancaire reste bien capitalisé. Toutefois, ces résultats coexistent avec une économie qui devrait connaître, en 2026, une huitième année consécutive de contraction et des finances publiques toujours sous pression.
- L’économie haïtienne devrait reculer pour une huitième année consécutive en 2026.
- La gourde reste stable et les réserves brutes atteignent 3.5 milliards de dollars.
- Le système bancaire demeure solide, mais le crédit et l’investissement restent faibles.
L’insécurité bloque le retour à la croissance
Selon les estimations présentées par le gouverneur de la BRH, Ronald Gabriel, l’activité économique pourrait reculer d’environ 1.5 % à 1.7 % en 2026. L’Indicateur conjoncturel d’activité économique a déjà diminué de 0.8 % au premier semestre.
La Banque centrale souligne que l’insécurité continue d’affecter l’investissement, les échanges, les déplacements des travailleurs et la circulation des marchandises. À l’extérieur, les conflits internationaux et le durcissement des politiques migratoires représentent également des risques, notamment pour une économie fortement dépendante des transferts de la diaspora.
Dans ce contexte de faiblesse économique et de rareté des emplois, le coût de la vie demeure élevé malgré le ralentissement de l’inflation. Cette évolution est positive, mais elle ne signifie pas que les prix baissent. Il s’agit plutôt d’une désinflation : les prix continuent d’augmenter, mais moins rapidement.
Des réserves renforcées et une gourde stable
Le gouverneur a néanmoins souligné plusieurs évolutions favorables. En mai 2026, les réserves internationales officielles brutes atteignaient environ 3.5 milliards de dollars, soit près de huit mois d’importations. Les réserves internationales nettes s’établissaient à 1.9 milliard de dollars.
Ce niveau offre à la BRH une marge de sécurité importante pour répondre aux besoins extérieurs du pays, soutenir la stabilité de la gourde et absorber d’éventuels chocs.
Le taux de change est également resté relativement stable depuis près de deux ans. Le gouverneur attribue cette tendance au dynamisme des transferts de la diaspora, à la canalisation des devises vers le marché formel et à une gestion prudente des liquidités.
Au cours des huit premiers mois de l’exercice, les transferts privés ont atteint environ 3.4 milliards de dollars, en hausse de 15.53 %. Près de 80 % de ces fonds provenaient des États-Unis.
Cette stabilité monétaire ne doit toutefois pas être confondue avec une reprise de l’économie réelle.
Un système bancaire solide, mais moins de crédit
La BRH décrit le système bancaire comme globalement résilient. En mars 2026, le taux des prêts improductifs s’établissait à 8.44 %, contre 13.68 % un an plus tôt. Le ratio de solvabilité atteignait 23 %, bien au-dessus du minimum réglementaire de 12 %, ce qui témoigne d’un niveau de capitalisation confortable.
Le bénéfice net cumulé des banques a progressé de 37.96 %, tandis que l’actif total du système atteignait 743.87 milliards de gourdes. Mais le portefeuille brut de crédit a diminué de 2.8 %. Les banques restent donc rentables et bien capitalisées, sans que cela se traduise par une hausse du financement accordé aux entreprises et à l’économie productive.
La BRH a également rappelé le maintien de mesures moratoires en faveur de certaines entreprises touchées par la crise. Elle poursuit parallèlement le renforcement de sa supervision, notamment dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et dans l’exécution du plan d’action visant la sortie d’Haïti de la liste grise du GAFI.
Les finances publiques compliquent la politique monétaire
Au 9 juillet 2026, les recettes fiscales atteignaient 165.1 milliards de gourdes, contre 211.7 milliards de dépenses budgétaires. Les recettes ont progressé de 11.5 %, mais les dépenses ont augmenté de 44.5 %.
Le recours croissant au financement monétaire place la BRH devant un arbitrage difficile. La Banque centrale cherche à limiter l’inflation et les excès de liquidités, alors que le Trésor sollicite son financement pour couvrir des dépenses supérieures aux recettes disponibles.
Cette situation réduit aussi la marge de l’État pour répondre aux besoins sociaux et investir dans la reprise économique.
Une politique monétaire serrée jusqu’à nouvel ordre
La BRH maintient une politique monétaire restrictive. Les taux des bons BRH restent fixés à 6 % sur sept jours, 8 % sur 28 jours et 11.5 % sur 91 jours. Les réserves obligatoires demeurent à 40 % sur les dépôts en gourdes et à 53 % sur les dépôts en devises.
Cette politique vise à contenir l’inflation et à préserver la stabilité du taux de change. Mais elle peut également limiter l’accès au crédit et ralentir l’investissement.
En somme, la politique monétaire peut préserver certains équilibres, mais elle ne peut pas relancer seule l’économie. La gourde peut rester stable, les réserves augmenter et les banques demeurer solides. Sans amélioration durable de la sécurité et sans reprise de la production, ces progrès ne suffiront pas à sortir Haïti de la contraction économique.
