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ariel henry prix des produits petroliers

Carburants : après l’entrée en vigueur des nouveaux prix, les tensions se font déjà sentir

Quelques jours après l’entrée en vigueur des nouveaux prix des carburants, les effets se font déjà sentir en Haïti. Le transport est perturbé, des prix de produits de base remontent, et des protestations ont éclaté dans plusieurs zones de la capitale, notamment à Delmas. Dans un pays déjà fragilisé par l’insécurité, la vie chère et la faiblesse budgétaire, le choc pétrolier mondial menace désormais de se transformer en choc social.

Le gouvernement haïtien a relevé les prix officiels à la pompe à compter du 2 avril 2026 : la gazoline est passée de 560 à 725 gourdes, le diesel de 620 à 850 gourdes, et le kérosène de 615 à 845 gourdes. Cela représente des hausses d’environ 29,5 % pour la gazoline et 37 % pour le diesel et le kérosène. Les autorités ont justifié cette décision par la flambée du marché pétrolier mondial et ont, dans la foulée, annoncé des mesures d’austérité pour limiter l’impact sur les finances publiques.

Ce choc international est réel. Depuis le début de la guerre le 28 février 2026, le pétrole américain WTI a fortement augmenté. Reuters signalait qu’avant l’escalade, le marché évoluait autour de 70 dollars le baril. Le 2 avril, le WTI a clôturé à 111,54 dollars, puis il est monté à 115,30 dollars le 7 avril, soit une hausse d’environ 65 % par rapport au niveau d’avant-guerre. Même si Haïti ne fixe pas directement ses prix à la pompe sur le WTI, cette envolée alourdit les coûts du marché américain des carburants, dont dépend largement le pays.

Mais en Haïti, l’effet ne se limite pas à la station-service. Il se propage immédiatement au transport et au coût de la vie. Les autorités ont d’ailleurs publié une nouvelle grille tarifaire du transport en commun après la hausse des carburants. Pourtant, sur le terrain, l’ajustement semble déjà dépasser le cadre officiel sur certains trajets. Des usagers rapportent des hausses pouvant approcher 100 % sur certaines lignes, signe qu’entre le tarif théorique et le tarif réellement payé, l’écart peut être important. Le pays connaît souvent ce type de décalage lorsque les coûts du carburant se combinent à l’insécurité, aux barrages et aux frais supplémentaires imposés sur les routes.

La tension sociale est déjà visible. Des protestations contre la hausse des prix du carburant ont été signalées le 6 avril dans plusieurs quartiers de la zone métropolitaine, avec un point de départ particulièrement remarqué à Delmas. Des médias locaux ont rapporté que des chauffeurs de transport public ont cherché à bloquer certaines stations-service et à interrompre la circulation sur plusieurs axes. À certains endroits, des véhicules assurant la liaison entre Delmas et Pétion-Ville ont été forcés de débarquer leurs passagers.

Le caractère sensible du moment tient aussi au fait que la hausse officielle n’est pas toujours celle observée dans la réalité. Déjà fin mars, le Programme alimentaire mondial notait que, même avec des prix officiels plus bas qu’aujourd’hui, les prix pratiqués pouvaient être plus élevés dans plusieurs zones du pays. Depuis la nouvelle hausse, des observations locales évoquent des écarts encore plus importants dans certaines régions hors de la capitale, ainsi qu’un renchérissement du marché informel, où la spéculation a souvent tendance à prospérer lorsque le réseau officiel se désorganise ou paraît insuffisant. Le gouvernement lui-même avait d’ailleurs averti contre les ventes illégales et les “pénuries artificielles”.

Cette situation est particulièrement préoccupante parce qu’elle survient dans un pays déjà sous très forte pression. L’État a reconnu que la flambée pétrolière mondiale menaçait l’équilibre macroéconomique et les finances publiques. Dans le même temps, la pauvreté s’est aggravée, l’insécurité continue de perturber le commerce et les déplacements, et une grande partie de la capitale reste sous influence armée. Dans un tel contexte, la hausse du carburant ne touche pas seulement les automobilistes. Elle renchérit aussi le transport public, les livraisons, les marchés, les petits commerces, et, au final, le panier de consommation des ménages.

Le risque, désormais, est celui d’un engrenage. Si les prix réels à la pompe restent au-dessus des prix officiels dans certaines zones, si les tarifs du transport continuent de monter plus vite que prévu, et si les produits de base suivent le même mouvement, la hausse du carburant pourrait devenir un nouveau facteur d’instabilité durable. En Haïti, les chocs pétroliers ne restent presque jamais confinés au secteur de l’énergie. Ils se transforment rapidement en chocs sociaux, budgétaires et politiques.

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