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PetroCaribe : les marchés de gré à gré au cœur des défaillances de contrôle

Les marchés de gré à gré peuvent être légaux en situation d’urgence. Dans plusieurs projets PetroCaribe, la CSCCA a toutefois relevé des procédures inadéquates, des contrôles manquants et une documentation insuffisante.

Les marchés de gré à gré ne constituent pas automatiquement des actes de corruption. Ils permettent à une institution publique de conclure directement un contrat avec une entreprise, sans passer par un appel d’offres ouvert. Ce mécanisme peut être autorisé dans certaines circonstances, notamment lorsqu’une intervention urgente est nécessaire.

Il réduit toutefois la concurrence et rend les contrôles particulièrement importants. Sans justification solide, comparaison des offres, documentation complète et supervision indépendante, le gré à gré augmente les risques de favoritisme, de prix excessifs et de mauvaise utilisation des ressources publiques.

Les audits du fonds PetroCaribe montrent que ces garanties n’ont pas toujours été respectées.

Des résolutions adoptées dans un contexte d’urgence

Entre 2008 et 2011, Haïti a subi les conséquences de plusieurs ouragans, puis du séisme du 12 janvier 2010. Des mesures d’urgence ont été adoptées afin de permettre aux autorités d’intervenir plus rapidement.

Dans ce cadre, certaines procédures ordinaires de passation des marchés pouvaient être adaptées. Mais l’état d’urgence ne supprimait pas toute obligation de contrôle et ne pouvait pas justifier indéfiniment l’attribution directe de contrats sans concurrence.

La CSCCA rappelle que lorsqu’un contrat n’était pas couvert par les lois relatives à l’état d’urgence, les institutions devaient respecter la loi du 10 juin 2009 sur les marchés publics ainsi que ses arrêtés d’application.

Un bilan révisé par la CSCCA

L’article initial, publié en 2019, s’appuyait sur les données du premier rapport de la CSCCA. Le troisième et dernier rapport, publié en août 2020, a révisé plusieurs montants à partir d’informations additionnelles fournies par les institutions auditées.

Au total, les trois rapports couvrent 183 projets, associés à environ 1.938 milliard de dollars de résolutions. Près de 1.786 milliard de dollars avaient été transférés par le BMPAD aux institutions sectorielles pour mettre en œuvre les projets.

Ces chiffres décrivent les ressources autorisées et transférées. Ils ne signifient pas que tous les montants ont été intégralement dépensés, que les travaux ont été achevés ou que chaque dollar a été détourné.

Des contrats attribués sans concurrence suffisante

La CSCCA a relevé plusieurs situations dans lesquelles le mode d’attribution utilisé ne respectait pas les règles applicables.

Dans certains cas, des contrats qualifiés de gré à gré auraient dû faire l’objet d’une comparaison entre au moins trois propositions. La Cour a aussi constaté que certains contrats n’avaient pas reçu l’avis ou l’approbation requis de la CSCCA ou de la Commission nationale des marchés publics.

Dans un projet d’installation de lampadaires, par exemple, la Cour indique que des firmes avaient d’abord été qualifiées dans le cadre d’un appel d’offres restreint. Le BMPAD a néanmoins attribué certains contrats par négociation directe, une procédure que la CSCCA a estimée contraire à plusieurs dispositions de la loi sur les marchés publics.

D’autres dossiers présentaient des avances de démarrage supérieures aux limites autorisées, des documents contractuels introuvables, des avenants non justifiés ou des preuves insuffisantes de la réalisation des travaux.

L’urgence ne justifie pas toutes les pratiques

L’un des principaux enseignements des rapports est que l’existence d’une urgence ne suffit pas à rendre chaque contrat régulier.

Les institutions devaient notamment démontrer :

  • le lien réel entre le contrat et la situation d’urgence ;
  • la nécessité de recourir à une procédure accélérée ;
  • le caractère raisonnable du prix ;
  • la capacité de l’entreprise retenue ;
  • la réalité des biens livrés ou des travaux exécutés.

Lorsque ces éléments étaient absents, le recours au gré à gré affaiblissait considérablement la capacité de l’État et des organismes de contrôle à vérifier si les ressources publiques avaient été utilisées de manière efficace.

Des irrégularités au-delà du mode d’attribution

Les problèmes constatés ne se limitaient pas à la sélection des entreprises. Dans certains projets, la Cour n’a pas retrouvé les cahiers des charges, les certificats de réception ou les documents permettant de vérifier le niveau réel d’exécution.

Dans le dossier de rénovation urbaine de Jacmel, la CSCCA a également constaté qu’un ordre de décaissement destiné à la route Jacmel–La Vallée avait été utilisé pour financer des travaux liés à un autre sous-projet. La Cour a qualifié cette pratique de contraire à la réglementation budgétaire.

Ces constats montrent que la question ne concerne pas uniquement le choix entre appel d’offres et gré à gré. Elle touche l’ensemble de la chaîne de gestion : préparation du projet, choix du fournisseur, signature du contrat, décaissement, supervision et réception des travaux.

Une procédure légale qui exige davantage de contrôle

Le gré à gré peut être nécessaire lorsqu’une catastrophe exige une intervention rapide. Mais plus la concurrence est limitée, plus la transparence doit être renforcée.

Les dossiers PetroCaribe montrent qu’une procédure exceptionnelle peut devenir une source importante de risques lorsqu’elle est utilisée sans justification suffisante, sans documentation complète ou sans contrôle effectif.

La principale question n’est donc pas seulement de savoir combien de contrats ont été attribués directement. Il faut déterminer, pour chaque marché, si les conditions légales étaient réunies, si le prix était raisonnable, si les travaux ont été réalisés et si les responsables ont rendu compte de l’utilisation des ressources.

ProjetInstitution responsableEntreprise ou prestataireMode d’attribution ou contrôle mentionnéMontant du contratDate ou résolution
Acquisition d’équipements pour le Service d’entretien des équipements urbains et rurauxMTPTCHAYTRACGré à gré; contrat approuvé par le ministre de l’Économie et des Finances2,737,940.00 USDRésolution du 11 février 2010
Acquisition d’équipements pour le Centre national des équipementsMTPTCHAYTRACGré à gré; contrat approuvé par le ministre de l’Économie et des Finances579,000.00 USDRésolution du 11 février 2010
Acquisition d’équipements pour le Laboratoire national du bâtiment et des travaux publicsLNBTP / MTPTCAcker Drill Inc.Contrat approuvé par le ministre des Travaux publics749,417.00 USDContrat signé le 11 février 2010
Réhabilitation de la route Hasco–La Saline–Base navale Amiral KillickMPCEConstructora Hadom E.I.R.L.Gré à gré31,701,272.00 USDRésolutions des 24 août 2010, 12 mai 2011 et 28 février 2012
Démolition, enlèvement et gestion des décombres dans le cadre de la reconstruction de Port-au-PrinceMPCE / MEFConstructora Hadom E.I.R.L.Mode non précisé dans l’ancien article21,142,000.00 USDDate non précisée
Construction du lycée Alexandre PétionNon préciséeIBT, LLCGré à gré7,696,012.00 USDRésolutions des 11 décembre 2013 et 15 avril 2015
Réhabilitation d’urgence de la route Jacmel–La ValléeMPCEConsortium Amaca-Disconsa ConstructionsAbsence d’avis de non-objection de la CNMP; avis favorable de la CSCCA23,212,146.00 USDDate non précisée
Construction du marché public de JacmelNon préciséeConsortium Amaca-Disconsa ConstructionsMode non précisé dans l’ancien article2,400,000.00 USDContrat signé le 13 octobre 2010
Construction du marché public de FontamaraNon préciséeIBT, LLC; CSA Central Inc.Avis favorable de la CSCCA; absence d’avis de non-objection de la CNMP15,647,900.00 USDDate non précisée
Rénovation urbaine de la ville des GonaïvesNon préciséeIngeniería EstrellaMode non précisé dans l’ancien article17,308,638.25 USDContrat signé le 20 octobre 2011
Réhabilitation d’urgence de la route Colladère–Cerca-CarvajalMPCEHongyuan Construction Company LimitedSupervision assurée par CSA Central Inc.20,894,909.00 USDContrat signé le 22 février 2013
Rénovation urbaine de Hinche, phases I et II : drainage et adoquinageMPCESECOSASupervision par J&J Construction pour la phase I et par l’UTE/MPCE pour la phase II21,829,953.24 USDDate non précisée
Rénovation des routes et du village artistique de Noailles, Croix-des-BouquetsNon préciséeECCO S.A.; 1804 DesignMode non précisé dans l’ancien article2,225,088.00 USDContrat signé le 7 octobre 2011
Construction du marché public et d’une gare routière à MiragoâneMPCELa Générale Construction et Distribution S.A.Supervision par le Groupe TRAME7,735,135.00 USDNovembre 2012, date exacte non précisée
Rénovation urbaine de la ville d’EnneryNon préciséeIngeniería EstrellaMode non précisé dans l’ancien article3,281,093.27 USDContrat signé le 20 octobre 2011
Réhabilitation du tronçon reliant la route de Fort-Jacques à la route de FrèresMPCEGroupe de Travaux et de ConstructionMode non précisé dans l’ancien article22,694,900.00 USDContrat signé le 11 février 2010
Construction du marché de l’ArcahaieMPCEGroupe de Travaux et de ConstructionMode non précisé dans l’ancien article5,566,775.00 USDContrat signé le 10 mai 2010
Rénovation urbaine du LimbéMPCEGroupe de Travaux et de ConstructionMode non précisé dans l’ancien article251,826,500.00 HTGDate non précisée
Aménagement d’infrastructures sportives, phase IIMPCESECOSASupervision par J&J Construction10,150,023.31 USD« 6 septembre 201… » — année incomplète dans le texte
Réhabilitation du système d’irrigation de la plaine du Cul-de-SacNon préciséeHEDSMode non précisé dans l’ancien article240,000.00 HTGContrat signé le 9 décembre 2013
Reconstruction du lycée Toussaint LouvertureMPCEIBT, LLCSupervision par CSA Central Inc.8,029,900.00 USDNovembre 2012, date exacte non précisée
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Travaux de BBQ, centre sportif et marché du jeudi aux CayesMinistère du Tourisme et des Industries créativesPérimètreProjet du Plan spécial des Cayes34,174,593.75 HTGContrat signé le 3 juillet 2015
Construction d’un parc de stockage ou marché de conteneurs aux CayesMinistère du Tourisme et des Industries créativesSDECO S.A.Projet du Plan spécial des Cayes27,045,480.00 HTGContrat signé le 3 juillet 2015
Construction de l’École fondamentale de DébouchetteMinistère du Tourisme et des Industries créativesCyrusProjet du Plan spécial des Cayes139,135,500.00 HTGContrat signé le 6 juillet 2015
Préparation de sol à Vernet, dans le département du SudMinistère du Tourisme et des Industries créativesBonhomme ConstructionProjet du Plan spécial des Cayes5,999,334.00 HTGContrat signé le 12 août 2015
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