Le ministère de l’Économie et des Finances a publié sa note sur la situation des finances publiques au 30 juin 2026. Les données montrent une détérioration du solde budgétaire et une dépendance accrue du Trésor envers la Banque de la République d’Haïti et les banques commerciales.
Cette stratégie permet à l’État de maintenir ses paiements à court terme. Mais, si elle se prolonge, elle peut accentuer les pressions inflationnistes, peser sur la gourde et réduire les ressources bancaires disponibles pour financer les ménages et les entreprises.
Les dépenses progressent plus vite que les recettes
Entre octobre 2025 et juin 2026, les administrations fiscales et douanières ont collecté 160.2 milliards de gourdes, soit une hausse de 11 % sur un an. Les dépenses publiques ont toutefois atteint 165.3 milliards de gourdes, en augmentation de 32 %. L’État est ainsi passé d’un excédent de 18.4 milliards de gourdes en juin 2025 à un déficit de 5.1 milliards sur la base des engagements.
Sur la base des paiements effectivement réalisés, le déficit de trésorerie est beaucoup plus important : il atteint 44.2 milliards de gourdes. Les dépenses ont représenté 103 % des recettes encaissées, contre 87 % un an auparavant.
La BRH et les banques au centre du financement
Pour couvrir ses besoins, le Trésor s’est principalement tourné vers le système bancaire national. Le financement net accordé par la BRH s’élève à 32.6 milliards de gourdes, contre un solde négatif de 3.2 milliards un an plus tôt. Cette évolution traduit, selon le MEF, la persistance de besoins de trésorerie couverts par des avances de la Banque centrale.
Les banques commerciales ont fourni un financement net de 22.3 milliards de gourdes, contre 7.7 milliards en juin 2025. Au total, l’État a émis 195.6 milliards de gourdes de bons du Trésor et en a remboursé 173.3 milliards, laissant un solde net positif de 22.3 milliards.
Une stratégie utile à court terme, mais risquée
Le recours à la BRH et aux banques commerciales permet au gouvernement de payer ses dépenses et d’honorer ses échéances. Mais cette dépendance comporte des risques.
Si le financement monétaire augmente plus rapidement que la production, il peut contribuer aux pressions sur les prix et sur le taux de change. De leur côté, les banques peuvent être incitées à privilégier les titres publics, généralement moins risqués, au détriment du crédit aux entreprises et aux ménages.
Une stratégie plus durable passe donc par le rétablissement de la sécurité, la reprise de l’activité économique et l’augmentation des recettes provenant d’une économie plus productive. Elle exige également une meilleure maîtrise des dépenses, une exécution budgétaire plus efficace et davantage d’investissements capables de soutenir la production, l’emploi et les recettes futures.
