Le Congrès des États-Unis a approuvé une nouvelle prolongation des programmes commerciaux HOPE/HELP, essentiels à l’industrie textile haïtienne. Le texte doit désormais être signé par le président Donald Trump pour entrer en vigueur.
- Le Congrès américain a approuvé la prolongation de HOPE/HELP jusqu’au 31 décembre 2028, sous réserve de la signature présidentielle.
- Cette extension donne deux années supplémentaires de visibilité à l’industrie textile haïtienne, en réduisant l’incertitude pour les usines, les acheteurs et les investisseurs.
- La prolongation reste un répit, pas une relance à elle seule : le secteur demeure affaibli par les pertes d’emplois, l’insécurité, les fermetures d’usines et les contraintes d’infrastructure.
La Chambre des représentants américaine a adopté, le 1er septembre, une prolongation de deux ans des programmes HOPE et HELP, qui accordent des préférences commerciales à certaines exportations de vêtements et de produits textiles fabriqués en Haïti vers les États-Unis. Le texte avait déjà été adopté par le Sénat en août et prévoit de repousser la date d’expiration des programmes au 31 décembre 2028. Il a désormais été transmis au président Donald Trump pour signature.
Le vote de la Chambre, 370 voix contre 48, est intervenu dans le cadre d’un texte plus large destiné notamment à assurer temporairement le financement du gouvernement fédéral. La prolongation concerne également l’African Growth and Opportunity Act (AGOA), le programme américain de préférences commerciales avec plusieurs pays africains.
Deux années supplémentaires de visibilité
Cette décision écarte une fois de plus le risque d’une expiration imminente de HOPE/HELP. Les programmes avaient expiré le 30 septembre 2025, avant d’être rétablis rétroactivement en février 2026. Cette première prolongation ne les maintenait toutefois que jusqu’au 31 décembre 2026. La nouvelle mesure ajouterait donc deux années supplémentaires de visibilité aux fabricants et aux acheteurs internationaux.
Cette visibilité est particulièrement importante dans une industrie où les entreprises internationales planifient leurs commandes et leurs chaînes d’approvisionnement plusieurs mois, voire plusieurs années à l’avance. Le Fonds monétaire international avait d’ailleurs relevé que l’incertitude autour de la durée de HOPE/HELP pesait sur les décisions d’investissement et pouvait encourager les acheteurs à réorienter leurs commandes vers d’autres pays.
HOPE, HOPE II et HELP permettent à certaines marchandises produites en Haïti, principalement dans le textile et l’habillement, d’entrer sur le marché américain en bénéficiant de conditions tarifaires préférentielles. Les programmes comportent notamment des règles d’origine plus flexibles permettant aux producteurs haïtiens d’utiliser certains tissus et composants provenant d’autres pays.
Un secteur considérablement affaibli
La prolongation intervient cependant dans un secteur beaucoup plus petit qu’il ne l’était il y a quelques années. Selon le dernier rapport de Better Work Haiti, les 23 usines participant au programme employaient environ 21 575 travailleurs, contre environ 60 000 emplois dans le secteur en 2021. L’insécurité, les fermetures d’usines, la baisse des commandes et l’incertitude commerciale ont contribué à cette contraction.
Cette évolution est particulièrement importante pour l’économie haïtienne parce que le textile demeure l’une des rares grandes activités manufacturières tournées vers l’exportation. Selon l’USTR, les textiles et vêtements représentent environ 90 % des exportations haïtiennes de marchandises vers les États-Unis.
Les importations américaines de marchandises en provenance d’Haïti ont toutefois continué de reculer, passant de près de 1 milliard de dollars en 2022 à 588 millions en 2024, puis à 535,7 millions de dollars en 2025 pour l’ensemble des marchandises.
Un répit, mais pas encore une solution de long terme
La prolongation jusqu’en 2028 réduit donc un risque immédiat pour les entreprises déjà présentes en Haïti. Elle pourrait également permettre aux fabricants de négocier de nouveaux contrats et de tenter de récupérer certaines commandes perdues pendant la période d’incertitude.
Mais deux années supplémentaires restent relativement courtes pour attirer de nouveaux investissements industriels importants. Des responsables du secteur et plusieurs parlementaires américains ont plaidé pour une prolongation beaucoup plus longue, allant jusqu’à dix ans. En mai, le représentant Greg Murphy avait notamment interrogé le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, sur la possibilité d’une extension de trois, cinq ou dix ans. Greer s’était dit ouvert à travailler avec le Congrès sur une durée plus longue.
Cette prolongation représente une nouvelle fenêtre pouvant être utilisée pour reconstruire une industrie qui a perdu une grande partie de ses emplois, attirer de nouveaux investissements et diversifier progressivement la production au-delà de l’assemblage textile.
La prolongation de HOPE/HELP constitue à cet égard une protection importante contre une nouvelle détérioration du secteur. Elle ne remplace toutefois ni l’amélioration de la sécurité, ni les infrastructures, ni l’électricité fiable, ni la stabilité institutionnelle nécessaires pour transformer un avantage commercial temporaire en véritable capacité industrielle.
À ce stade, la dernière étape reste la signature présidentielle. Une fois le texte signé, les dispositions de HOPE/HELP seront prolongées jusqu’au 31 décembre 2028.
