Les transferts de fonds de la diaspora continuent de jouer un rôle central dans l’économie haïtienne. Selon les dernières estimations du Fonds monétaire international (FMI), Haïti a reçu environ 5.09 milliards de dollars de transferts au cours de l’exercice fiscal 2025, qui s’est terminé le 30 septembre 2025.
Ce montant confirme une tendance de fond : malgré la contraction prolongée de l’économie, l’insécurité et les difficultés rencontrées par les ménages, les transferts provenant de l’étranger restent l’une des principales sources de devises du pays. Le FMI indique également que les transferts nets ont progressé de 15.8 % entre octobre 2025 et février 2026 par rapport à la même période un an plus tôt, alors qu’ils se situaient déjà à des niveaux historiquement élevés.
Cette évolution prolonge une hausse observée sur plusieurs années. En 2018, les transferts reçus par Haïti avoisinaient 3 milliards de dollars. Selon la Banque mondiale, ils ont atteint 4.11 milliards de dollars en 2024.
- Plus de 5 milliards de dollars reçus : Haïti a reçu environ 5.09 milliards de dollars de transferts sur l’exercice 2025.
- Un pilier de l’économie : Les transferts représentaient encore environ 16.3 % du PIB en 2024.
- La fin du TPS crée un risque : Les changements de politique migratoire aux États-Unis pourraient affecter les transferts vers Haïti.
Un pilier majeur de l’économie haïtienne
Les transferts ne sont pas seulement importants pour les ménages qui les reçoivent. Leur poids est suffisamment élevé pour influencer l’ensemble de l’économie. En 2024, les transferts personnels reçus représentaient environ 16.3 % du PIB d’Haïti, selon les données de la Banque mondiale. À titre de comparaison, les investissements directs étrangers nets ne représentaient qu’environ 0.1 % du PIB cette année-là.
Le poids des transferts dans le PIB a toutefois fortement diminué par rapport à 2018, lorsqu’il atteignait environ 30.9 %. Cette baisse relative ne signifie pas que la diaspora envoie moins d’argent. Au contraire, les montants en dollars ont augmenté. Elle reflète notamment l’évolution de la valeur nominale du PIB utilisée dans le calcul.
Les transferts jouent également un rôle déterminant dans les comptes extérieurs du pays. Pour l’exercice 2025, le FMI estime qu’ils ont contribué à plus que compenser l’élargissement du déficit commercial. Le compte courant a ainsi enregistré un excédent équivalent à 1.9 % du PIB, contre un déficit de 0.6 % l’exercice précédent.
Pour de nombreux ménages, ces ressources servent directement à financer l’alimentation, le logement, l’éducation, les soins de santé et d’autres dépenses courantes. La Banque de la République d’Haïti (BRH) considère également les transferts sans contrepartie comme l’une des principales sources de devises de l’économie haïtienne.
Haïti reste très dépendante des transferts, mais n’est plus en tête de la région
En 2018, Haïti figurait parmi les économies d’Amérique latine et des Caraïbes les plus dépendantes des transferts de fonds. La situation régionale a depuis évolué.
Poids des transferts de fonds dans l’économie
Transferts personnels reçus, en pourcentage du PIB — 2018 et 2024
Haïti reste donc l’une des économies de la région où les transferts occupent la place la plus importante, mais elle n’occupe plus la première position. Cette distinction est importante : le poids relatif des transferts dans le PIB peut diminuer alors que les montants reçus continuent d’augmenter.
Une tendance mondiale qui dépasse largement Haïti
Les transferts de migrants constituent désormais l’un des principaux flux financiers internationaux à destination des pays en développement.
Selon une mise à jour de la Banque mondiale publiée en juillet 2026, les transferts mondiaux ont atteint environ 856 milliards de dollars en 2024, dont 653 milliards vers les pays à revenu faible et intermédiaire. Dans de nombreux pays en développement, ces flux dépassent désormais les investissements directs étrangers et l’aide publique au développement.
Cette résilience explique pourquoi les transferts occupent une place particulière dans les économies fortement liées à leur diaspora. Contrairement à certains investissements internationaux, ils correspondent généralement à des décisions prises directement par des particuliers pour soutenir leurs familles.
Mais cette force constitue également une vulnérabilité lorsqu’une part importante des revenus des ménages dépend des conditions économiques et politiques des pays où vivent les migrants.
Les États-Unis restent déterminants
Pour Haïti, cette vulnérabilité concerne particulièrement les États-Unis. Le FMI souligne que les États-Unis constituent à la fois le principal marché d’exportation d’Haïti et sa principale source de transferts de fonds. Depuis 2020, plus de 2.2 milliards de dollars de transferts annuels provenant des États-Unis ont été enregistrés dans les données utilisées par le FMI.
L’emploi, les revenus et le statut migratoire des Haïtiens vivant aux États-Unis peuvent donc avoir des répercussions directes sur les ressources reçues par leurs familles en Haïti. Ce risque est devenu particulièrement important en 2026.
La fin du TPS crée un nouveau risque pour les transferts
Lorsque cet article avait été publié initialement en 2018, la possible suppression du Statut de protection temporaire, ou Temporary Protected Status (TPS), constituait encore un risque pour une partie de la diaspora haïtienne. Ce risque s’est depuis matérialisé.
Le 25 juin 2026, la Cour suprême des États-Unis a permis au gouvernement américain de procéder à la suppression du TPS pour les Haïtiens. Début août, la juridiction fédérale qui avait auparavant bloqué la mesure a confirmé que son injonction n’était plus en vigueur. La mesure concerne plus de 350 000 ressortissants haïtiens qui bénéficiaient de cette protection.
Les conséquences sur les transferts ne peuvent toutefois pas être déterminées uniquement à partir du nombre de personnes concernées. Certains bénéficiaires peuvent obtenir un autre statut, rester aux États-Unis par d’autres voies légales ou continuer de soutenir leurs familles pendant une certaine période.
Le FMI considère néanmoins le durcissement des politiques migratoires américaines comme un risque économique pour Haïti. Dans une analyse publiée avant la fin définitive du TPS, il estimait que plusieurs changements de politique américaine, notamment les mesures migratoires, les nouvelles règles affectant certains transferts et les changements commerciaux, pourraient réduire les entrées de devises en Haïti jusqu’à 106 millions de dollars au cours de l’exercice 2026.
Il faudra donc surveiller les données des prochains mois pour déterminer si la fin du TPS produit effectivement une inflexion mesurable des transferts.
Une force pour les ménages, mais aussi une dépendance structurelle
Les transferts de la diaspora constituent un amortisseur essentiel pour l’économie haïtienne. Ils permettent à des centaines de milliers de ménages de financer leur consommation et apportent au pays une quantité considérable de devises. Mais leur importance révèle également une faiblesse structurelle.
Une économie dans laquelle plusieurs milliards de dollars proviennent chaque année des revenus gagnés par ses ressortissants à l’étranger reste particulièrement exposée à l’évolution de l’emploi, de la politique migratoire et de la réglementation financière dans les pays d’accueil.
L’enjeu pour Haïti n’est donc pas de réduire l’apport de la diaspora. Il est de créer davantage d’activités productives, d’investissements et d’emplois à l’intérieur du pays, tout en développant des mécanismes permettant à une partie de cette épargne extérieure de contribuer davantage à l’investissement.
Les transferts permettent aujourd’hui à l’économie haïtienne d’absorber une partie de ses difficultés. Ils ne peuvent toutefois se substituer durablement à une économie capable de produire, d’investir et de créer suffisamment d’emplois.
Note méthodologique
Les chiffres de la Banque mondiale et ceux du FMI ne sont pas directement interchangeables. La Banque mondiale indique 4.11 milliards de dollars pour l’année civile 2024, tandis que le FMI estime les entrées à 5.09 milliards pour l’exercice fiscal haïtien 2025, allant d’octobre 2024 à septembre 2025.
Le FMI précise également que les données de balance des paiements couvrent un ensemble plus large de flux transfrontaliers, tandis que les statistiques mensuelles de la BRH par pays reposent principalement sur les transferts effectués par les maisons spécialisées et n’incluent pas nécessairement tous les transferts bancaires ou en espèces.
