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Budget 2026-2027 : 401,2 milliards de gourdes, presque deux fois le niveau d’il y a cinq ans

Le budget 2026-2027 atteint 401,2 milliards de gourdes, avec la sécurité et les élections parmi les principales priorités affichées. Mais les précédents engagements montrent que l’enjeu principal reste l’exécution effective des crédits et les résultats obtenus.

Le gouvernement haïtien a adopté le budget de l’exercice fiscal 2026-2027, d’un montant de 401,2 milliards de gourdes, contre 360,3 milliards dans le budget rectificatif précédent, soit une hausse de 11,3 %. Selon le ministère de l’Économie et des Finances (MEF), cette nouvelle enveloppe doit répondre simultanément aux besoins de sécurité, au processus électoral, au fonctionnement des institutions et à une reprise économique encore fragile.

Mais comme pour tout budget, les montants inscrits constituent d’abord des prévisions et des autorisations de dépenses. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de savoir ce qui sera effectivement dépensé ni quels résultats seront obtenus.

Points clés
  • Le gouvernement a adopté un budget de 401,2 milliards de gourdes pour 2026-2027, soit une hausse de 11,3 %, mais ces montants restent des prévisions tant que leur exécution n’est pas constatée.
  • La sécurité et la défense reçoivent 73 milliards de gourdes et sont de nouveau présentées comme priorité centrale, sans que le communiqué fournisse un bilan permettant de relier les crédits précédents à des résultats précis.
  • Le budget prévoit davantage d’investissement et de financement extérieur, mais son véritable impact dépendra de la capacité de l’État à mobiliser les recettes annoncées et à transformer les crédits votés en dépenses effectivement exécutées.

Un budget qui a presque doublé en cinq ans

Le montant du budget mérite également d’être replacé dans une perspective plus longue. Selon la série historique de Haïti Économie, le budget de l’État s’élevait à 210,6 milliards de gourdes en 2021-2022. Cinq exercices plus tard, l’enveloppe annoncée pour 2026-2027 atteint 401,2 milliards de gourdes.

Cela représente une augmentation nominale d’environ 190,6 milliards de gourdes, soit 90,5 % en cinq ans. Autrement dit, le budget de l’État a presque doublé en gourdes depuis 2021-2022.

Cette période correspond aussi à une forte aggravation de la crise institutionnelle et sécuritaire du pays. La crise institutionnelle était déjà installée lorsque le Parlement a cessé de fonctionner en 2020, avant de s’approfondir après l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021.

La comparaison ne signifie cependant pas que l’État dispose aujourd’hui de deux fois plus de moyens réels. Ces montants sont exprimés en gourdes courantes et une partie importante de l’augmentation nominale a été absorbée par l’inflation et la perte de pouvoir d’achat de la monnaie. Elle montre néanmoins que l’augmentation continue des enveloppes budgétaires n’a pas, à elle seule, empêché la détérioration des conditions de sécurité, du fonctionnement institutionnel et de l’économie.

C’est précisément pourquoi le montant global d’un budget ne suffit pas à mesurer l’action de l’État. Il faut également regarder ce qui a réellement été collecté, ce qui a effectivement été dépensé, dans quels domaines, et quels résultats ont été obtenus.

La sécurité, encore présentée comme priorité centrale

Le gouvernement présente une nouvelle fois la sécurité publique et la défense nationale comme la principale priorité budgétaire. Le ministère de la Justice et celui de la Défense se voient attribuer ensemble 73 milliards de gourdes, soit environ 18 % du budget total. Selon le MEF, ces crédits doivent notamment couvrir les salaires et charges liés aux effectifs de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAd’H), ainsi que le carburant, les équipements, la maintenance, la logistique et les opérations.

Le document prévoit également la poursuite du programme P-4000, qui vise le recrutement et la formation de 4 000 nouveaux policiers. Le gouvernement indique aussi vouloir accompagner une augmentation progressive des effectifs des FAd’H, avec un objectif annoncé de 15 000 soldats sur trois ans, ainsi que financer la construction d’une prison.

Ces annonces doivent toutefois être distinguées des résultats effectifs. La sécurité figure déjà depuis plusieurs exercices parmi les principales priorités affichées dans les budgets publics. Pourtant, les annonces budgétaires successives ne permettent pas, à elles seules, d’identifier une amélioration durable et mesurable de la situation sécuritaire ni de relier précisément les crédits annoncés aux résultats obtenus.

Le communiqué du MEF ne fournit d’ailleurs pas de bilan détaillé permettant de mesurer l’exécution des crédits de sécurité des exercices précédents ou d’établir précisément ce que les programmes annoncés ont produit jusqu’ici.

8,6 milliards de gourdes pour un processus électoral déjà budgétisé l’an dernier

Le gouvernement inscrit 8,6 milliards de gourdes au budget 2026-2027 pour les dépenses exceptionnelles liées au processus électoral et au soutien aux partis politiques, contre 5,9 milliards de gourdes dans le budget rectificatif 2025-2026, soit 2,7 milliards supplémentaires.

Cette nouvelle allocation mérite toutefois d’être replacée dans son contexte. Le précédent budget comportait déjà des crédits destinés au processus électoral, alors qu’un premier tour des élections législatives et présidentielle avait été officiellement fixé au 30 août 2026. Ce scrutin n’a finalement pas eu lieu. Le CEP a depuis adopté un nouveau calendrier qui prévoit désormais le premier tour pour le 13 décembre 2026.

Autrement dit, le budget 2026-2027 ne finance pas simplement un nouveau processus électoral : il prévoit de nouvelles ressources pour un processus qui avait déjà fait l’objet d’une allocation budgétaire sans aboutir à la tenue du scrutin initialement prévu.

Cela ne signifie pas que les 5,9 milliards de gourdes précédemment inscrits ont été entièrement dépensés ou perdus. Une partie peut avoir servi à des préparatifs électoraux déjà engagés. Mais le communiqué du MEF ne fournit pas, à lui seul, un bilan permettant de savoir combien de cette enveloppe a effectivement été décaissé, à quelles activités ces ressources ont servi et quelle part pourrait encore être disponible.

C’est précisément ce type d’écart entre crédits annoncés, dépenses effectivement exécutées et résultats obtenus qui devra être suivi pour évaluer le nouveau budget.

Les recettes courantes devraient atteindre 262,9 milliards de gourdes

Du côté des ressources, le gouvernement prévoit 262,9 milliards de gourdes de recettes courantes, contre 243,1 milliards dans le budget rectificatif précédent, soit une progression attendue de 8,1 %.

Les recettes de la Direction générale des impôts (DGI) sont estimées à 95 milliards de gourdes, tandis que celles de l’Administration générale des douanes, hors produits pétroliers, devraient atteindre 129 milliards de gourdes. Les recettes pétrolières sont pour leur part projetées à 36 milliards.

Ces chiffres restent toutefois des objectifs de mobilisation de recettes. Leur réalisation dépendra notamment du niveau d’activité économique, de la capacité de collecte de l’État et de l’évolution des importations.

Une forte progression attendue des dons et emprunts

Le budget repose également sur une augmentation importante des dons et emprunts, estimés à 91,75 milliards de gourdes, contre 68,87 milliards dans le budget précédent.

Cette catégorie représenterait près de 23 % des ressources totales du budget. Les bons du Trésor devraient également augmenter fortement, passant de 24,8 milliards à 35,18 milliards de gourdes, soit une progression prévue de 41,9 %.

À l’inverse, les emprunts auprès des institutions financières, notamment la BRH, sont ramenés de 16,45 milliards à 4,2 milliards de gourdes, soit une baisse annoncée de 74,5 %.

Cette structure signifie qu’une partie importante de l’équilibre du budget dépendra de financements dont la mobilisation effective devra encore être constatée au cours de l’exercice.

168,6 milliards de gourdes prévus pour les dépenses de capital

Les dépenses courantes sont inscrites à 232,6 milliards de gourdes, soit 58 % du budget. Les dépenses de personnel représenteraient 121,6 milliards, tandis que les biens et services atteindraient près de 77,85 milliards de gourdes.

Les dépenses de capital sont pour leur part programmées à 168,6 milliards de gourdes, en hausse de 15 %. Sur ce montant, 147 milliards de gourdes sont destinés aux programmes et projets.

Mais cette progression sur papier ne garantit pas une hausse équivalente de l’investissement effectivement réalisé. Pour juger de l’impact réel du budget, il faudra notamment observer le taux d’exécution des projets et la part des crédits effectivement décaissés au cours de l’exercice.

Un budget à juger surtout sur son exécution

Dans son communiqué, le MEF présente le budget 2026-2027 comme un équilibre entre mobilisation des recettes, sécurité, élections, protection sociale, investissement et discipline macroéconomique.

Pour Haïti Économie, l’enjeu principal ne réside cependant pas seulement dans les priorités annoncées ou les montants inscrits au budget.

La question sera surtout de savoir combien de ces ressources seront effectivement mobilisées, quelle part des crédits sera réellement exécutée et quels résultats mesurables pourront être associés aux dépenses engagées.

La sécurité et les élections illustrent toutes deux la même limite d’une lecture du budget fondée uniquement sur les annonces. La sécurité est régulièrement présentée comme une priorité, sans que les budgets successifs permettent à eux seuls de relier clairement les sommes annoncées à des résultats mesurables. De même, des crédits avaient déjà été prévus pour un processus électoral dont le scrutin initialement programmé n’a finalement pas eu lieu.

Pour l’exercice 2026-2027, la question centrale sera donc moins de savoir ce que le gouvernement annonce vouloir financer que de mesurer ce qui sera effectivement exécuté et les résultats qui en découleront.

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