La fin du Statut de protection temporaire accordé aux Haïtiens est entrée dans une nouvelle phase aux États-Unis. Le 25 juin 2026, la Cour suprême a jugé que les tribunaux inférieurs ne pouvaient pas continuer à suspendre la décision de l’administration Trump pendant la poursuite des procédures judiciaires. Depuis le lundi 27 juillet, les autorisations de travail liées au TPS n’ont pas été prolongées pour les bénéficiaires qui ne disposent d’aucun autre statut migratoire. Environ 334 000 à 350 000 Haïtiens sont concernés.
- Environ 334 000 à 350 000 Haïtiens risquent de perdre leur protection et leur autorisation de travail aux États-Unis avec la fin du TPS.
- Certaines entreprises américaines pourraient subir des pénuries de main-d’œuvre, notamment dans l’industrie, l’hôtellerie, la santé, les entrepôts et les services.
- Haïti pourrait recevoir moins de transferts de la diaspora, ce qui fragiliserait davantage les revenus des ménages, la consommation et les entrées de devises.
Cette perte de statut ne signifie toutefois pas que toutes ces personnes seront immédiatement expulsées. Certaines disposent d’une demande d’asile, d’une résidence permanente ou d’une autre autorisation de travail. Celles qui ne font pas déjà l’objet d’un ordre d’expulsion ont généralement droit à une audience devant un juge de l’immigration. Mais les autorités fédérales ont préparé une intensification des arrestations et des déportations, notamment dans l’Ohio.
Une inquiétude jusque dans le camp républicain
Dans un reportage de CBS News, le gouverneur républicain de l’Ohio, Mike DeWine, qualifie cette politique d’erreur. Selon lui, les travailleurs haïtiens ont contribué au redressement économique de Springfield en occupant des emplois qui restaient vacants et en créant de petites entreprises. Leur départ représenterait, affirme-t-il, un choc pour la ville et pour l’ensemble de l’État.
Springfield compte environ 10 000 résidents haïtiens pour une population totale proche de 60 000 habitants. Beaucoup travaillent dans l’industrie manufacturière, les entrepôts, les services, la santé et l’aide aux personnes âgées. Leur arrivée a permis à certaines entreprises confrontées à des pénuries de main-d’œuvre de maintenir ou d’augmenter leur production.
Des conséquences déjà visibles pour les entreprises
Les premiers effets apparaissent déjà. En Floride, un restaurant de Key West a suspendu six employés haïtiens après avoir constaté que leurs permis de travail n’étaient plus valides. Des employeurs des secteurs de l’hôtellerie, de la construction et des soins de longue durée disent également craindre des pertes soudaines de personnel.
Dans les entreprises les plus dépendantes de cette main-d’œuvre, la fin du TPS pourrait entraîner davantage d’heures supplémentaires, des retards de production, une réduction des services ou une hausse des coûts. Des mémoires déposés devant la Cour suprême évoquent même des risques de fermeture temporaire pour certaines usines où les travailleurs haïtiens représentent une part importante des effectifs. Il s’agit cependant de scénarios sectoriels, et non d’une prévision pour l’ensemble de l’économie américaine.
Un risque supplémentaire pour l’économie haïtienne
Les conséquences pourraient également atteindre directement Haïti. Les transferts de la diaspora représentent environ 16 % du produit intérieur brut et constituent une source essentielle de revenus pour les ménages et de devises pour l’économie. La Banque mondiale considère déjà l’incertitude entourant le statut migratoire des Haïtiens aux États-Unis comme un risque pour ces flux.
Une perte massive d’emplois aux États-Unis pourrait donc réduire l’argent envoyé aux familles pour financer l’alimentation, le logement, la santé et la scolarité. Elle pourrait aussi affaiblir la consommation intérieure et diminuer l’entrée de dollars dans un pays où l’économie s’est contractée de 2.7 % en 2025 et où près de la moitié de la population vivrait avec moins de 3 dollars par jour en parité de pouvoir d’achat.
La fin du TPS constitue ainsi un choc potentiel des deux côtés. Aux États-Unis, elle retire brutalement du marché du travail des personnes déjà intégrées à plusieurs secteurs en manque de personnel. En Haïti, elle menace une partie du soutien financier qui permet à des milliers de familles de répondre à leurs besoins les plus élémentaires. L’ampleur réelle de l’impact dépendra toutefois du nombre de personnes effectivement privées d’emploi, de celles disposant d’un autre statut et du rythme des éventuelles déportations.
