Haïti Économie

Démocratiser l’accès à l’information économique

Haïti : la gourde sous pression face au dollar à l’automne 2018

À la fin d’octobre 2018, le taux de référence dépassait 72 gourdes pour un dollar. Retour sur les facteurs qui alimentaient la dépréciation de la gourde, les interventions de la BRH et les inquiétudes entourant le seuil de 100 gourdes.

À la fin du mois d’octobre 2018, le taux de référence de la Banque de la République d’Haïti s’établissait à 72,27 gourdes pour un dollar américain. Sur l’ensemble du mois, il avait atteint une moyenne de 71,11 gourdes. Dans les banques, les taux moyens affichés étaient de 71,86 gourdes à l’achat et de 72,86 gourdes à la vente. Cette évolution confirmait la reprise de la dépréciation de la monnaie nationale après une période d’appréciation observée en 2017.

Une tendance de long terme, mais pas une baisse continue

La gourde avait longtemps été liée au dollar américain au taux conventionnel de cinq gourdes pour un dollar. Cette parité, en place depuis 1919, fut officiellement abandonnée par la BRH en septembre 1991, laissant progressivement au marché le soin de déterminer le cours de la monnaie. 

Depuis lors, la gourde avait connu une tendance générale à la dépréciation, mais cette évolution n’avait pas été continue. Des périodes de stabilité ou d’appréciation avaient également été observées, notamment à la suite d’interventions de la Banque centrale.

La dépréciation de la gourde tend à augmenter le coût en monnaie locale des importations libellées en dollars. Elle peut ainsi exercer une pression sur les prix des produits alimentaires, des carburants, des médicaments, des équipements et d’autres biens importés.

Le précédent retournement de 2017

Au premier semestre de l’exercice fiscal 2016-2017, le taux de référence avait atteint 69,35 gourdes pour un dollar à la fin de mars 2017. Après des interventions sur le marché des changes et plusieurs mesures réglementaires prises par la BRH, le taux avait reculé à 62,69 gourdes à la fin de septembre 2017. 

La BRH avait alors vendu environ 150 millions de dollars sur le marché des changes au cours de l’exercice. Elle avait également modifié certaines règles applicables aux banques afin de réduire les déséquilibres entre les achats et les ventes de devises. 

Cette évolution montrait que le taux de change pouvait temporairement diminuer lorsque l’offre de dollars augmentait ou lorsque les autorités monétaires intervenaient. Elle ne supprimait toutefois pas les déséquilibres structurels qui alimentaient la demande de devises.

La pression reprend en 2018

Au cours de l’exercice fiscal 2017-2018, le taux de référence est passé de 63,6767 gourdes à 71,0940 gourdes pour un dollar, soit une progression de 11,65 %. Autrement dit, il fallait davantage de gourdes pour acheter un dollar à la fin de l’exercice qu’un an auparavant. 

Selon la BRH, cette dépréciation était notamment liée à la détérioration de la balance commerciale, au déficit budgétaire, au financement monétaire de l’État et à un contexte sociopolitique difficile. Le déficit commercial avait atteint environ 3,40 milliards de dollars, tandis que plus de 80 % du déficit budgétaire avait été financé par la Banque centrale. 

Les transferts de la diaspora et les interventions de la BRH avaient néanmoins contribué à limiter les pressions. La Banque centrale indiquait avoir vendu environ 256,21 millions de dollars sur le marché des changes pendant l’exercice 2017-2018. 

Le dollar pouvait-il atteindre 100 gourdes avant la fin de 2018?

À l’époque, la hausse rapide du taux alimentait les inquiétudes et les spéculations autour du seuil symbolique de 100 gourdes pour un dollar.

Toutefois, aucune donnée disponible au début de novembre ne permettait d’affirmer que ce niveau serait atteint avant la fin de l’année. À partir du taux de référence de 72,27 gourdes enregistré à la fin d’octobre, atteindre 100 gourdes aurait exigé une augmentation d’environ 38 % en moins de deux mois.

La question la plus importante n’était donc pas seulement de savoir si un seuil précis serait franchi, mais de comprendre les facteurs qui alimentaient la dépréciation : dépendance aux importations, déficit commercial, financement monétaire du déficit public, incertitude politique et insuffisance de l’offre de devises.

Pour les ménages, une nouvelle perte de valeur de la gourde risquait surtout d’aggraver le coût des produits essentiels et de réduire davantage le pouvoir d’achat.

Cet article présente la situation observée au 5 novembre 2018. Pour connaître le taux actuel et son évolution récente, consultez la page permanente consacrée au taux de change en Haïti.

Partager
À lire aussi

Dans la même catégorie

Grains de riz blanc dans un bol, illustrant la hausse des prix mondiaux du riz selon la FAO. 💵 Prix et monnaie Riz : les prix internationaux repartent à la hausse en juin 2026 Pistolet de pompe à carburant illustrant les prix des produits pétroliers en Haïti. 💵 Prix et monnaie Carburants : le gouvernement abaisse de nouveau les prix à la pompe en Haïti Pistolet de pompe à carburant illustrant les prix des produits pétroliers en Haïti. 💵 Prix et monnaie Carburants : Haïti révise encore les prix à la pompe
Continuer la lecture

Articles liés

Article précédent Capital Humain D’Haïti La Banque mondiale vient de publier le premier indice de capital humain. Haïti ne s'est pas bien classée 12 October 2018 3 min Article suivant L’indice de la facilité de faire des affaires place Haïti à la 182e place Classé 182ème sur 190 pays, Haïti figure parmi les dix derniers pays pour la facilité de faire des affaires. 7 November 2018 2 min