La balance commerciale d’Haïti est structurellement déficitaire : le pays importe beaucoup plus de biens et de services qu’il n’en exporte. Cette situation constitue une faiblesse importante de l’économie, mais un déficit commercial ne signifie pas automatiquement qu’un pays “s’appauvrit”.
Tout dépend notamment de la nature des importations, de leur financement et de la capacité de l’économie à générer des revenus, des exportations et des investissements. Les données récentes montrent néanmoins que l’écart reste considérable.
Plus de 1 milliard de dollars de déficit en trois mois
Selon la dernière note de politique monétaire de la Banque de la République d’Haïti (BRH) couvrant janvier à mars 2026, Haïti a enregistré :
- 160.83 millions de dollars d’exportations de biens et services ;
- 1.198 milliard de dollars d’importations ;
- un déficit d’environ 1.037 milliard de dollars.
Autrement dit, les exportations n’ont couvert qu’environ 13 % des importations sur la période. La BRH indique que le déficit s’est creusé de 3.7 % sur un an, malgré une progression importante des exportations.
Les exportations ont augmenté de 46.8 %, notamment grâce aux ventes de beurre et de boissons, alors que l’industrie textile a continué de connaître des difficultés. Dans le même temps, les importations ont progressé de 8 %, soutenues notamment par les produits alimentaires, les combustibles, les produits pétroliers ainsi que les machines et matériels de transport.
Un déficit profondément ancré dans la structure de l’économie
Le problème n’est pas nouveau. Haïti dépend depuis longtemps des importations pour satisfaire une part importante de sa consommation et de ses besoins énergétiques, tandis que sa base exportatrice reste relativement étroite.
Cette situation crée un déséquilibre structurel : l’économie doit continuellement trouver des devises pour financer des achats à l’étranger beaucoup plus importants que ses ventes.
Mais les importations ne sont pas nécessairement négatives. Des machines, équipements, matières premières ou infrastructures importés peuvent contribuer à accroître la capacité productive du pays. Le problème devient plus préoccupant lorsque les importations restent durablement élevées sans développement correspondant de la production et des exportations.
Les transferts de la diaspora compensent une partie du déséquilibre
La balance commerciale ne représente qu’une partie des flux financiers entre Haïti et l’extérieur. Entre janvier et mars 2026, les transferts privés reçus de l’étranger ont atteint 1.269 milliard de dollars. Sur les six premiers mois de l’exercice fiscal, ils totalisaient 2.515 milliards de dollars, en hausse de 15.87 % sur un an.
Ces entrées de devises jouent un rôle majeur dans le financement des importations et contribuent à expliquer pourquoi un déficit commercial très important ne se traduit pas automatiquement par une pénurie équivalente de dollars. La BRH indique que les transferts et ses interventions sur le marché des changes ont contribué à maintenir la gourde relativement stable autour de 130 à 131 gourdes pour un dollar durant la période.
Le véritable enjeu : produire et exporter davantage
Réduire durablement le déficit commercial ne signifie pas nécessairement bloquer les importations. L’enjeu est surtout d’augmenter la capacité d’Haïti à produire davantage de biens et services échangeables, à développer ses exportations et à substituer une production locale compétitive à certaines importations lorsque cela est économiquement viable.
Le déficit commercial devient donc un indicateur d’un problème plus large : la faiblesse de la base productive et exportatrice du pays. Haïti continue de recevoir suffisamment de devises, notamment grâce aux transferts de la diaspora, pour financer une partie importante de ce déséquilibre. Mais à long terme, une économie davantage capable de produire, de transformer et d’exporter réduirait sa dépendance à ces flux extérieurs.
