Réuni à Bangkok avec les partenaires financiers internationaux, le gouvernement haïtien plaide pour un accès accru aux dons et aux prêts concessionnels afin de soutenir la relance économique et l’emploi. Mais au-delà de la mobilisation des ressources, une question demeure : comment ces financements se traduiront-ils en améliorations concrètes pour la population ?
- Le MEF demande un accès accru aux dons et aux financements concessionnels pour soutenir l’économie et l’emploi.
- Le communiqué ne précise ni les montants sollicités, ni les projets à financer, ni leurs retombées attendues.
- La transparence, la capacité d’exécution et l’utilisation productive des ressources seront déterminantes pour évaluer les résultats.
Le ministère de l’Économie et des Finances (MEF) a annoncé, le 16 octobre 2026, avoir multiplié les échanges avec les partenaires internationaux à l’occasion des Assemblées annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et du Groupe de la Banque mondiale, à Bangkok.
La délégation haïtienne, conduite par le ministre Serge Gabriel Collin, a plaidé pour un accès plus rapide et plus prévisible aux financements concessionnels, tout en insistant sur la nécessité de préserver les conditions favorables actuellement accordées à Haïti, notamment les financements sous forme de dons.
Selon le MEF, ces ressources doivent permettre de répondre aux besoins urgents du pays, de renforcer sa résilience, de soutenir la reprise économique et de favoriser la création d’emplois, sans compromettre la soutenabilité de la dette publique.
Des financements pour quels investissements ?
Si les objectifs annoncés répondent à des besoins réels, le communiqué du ministère ne précise ni les montants recherchés, ni les projets qui bénéficieraient des nouvelles ressources, ni les résultats économiques attendus.
Cette absence de précisions soulève plusieurs questions : les financements serviront-ils principalement à soutenir le fonctionnement des institutions publiques ou seront-ils consacrés à des investissements productifs ? Quels secteurs seront prioritaires ? Quels mécanismes permettront de mesurer les retombées sur l’emploi, la production nationale et les revenus des ménages ?
La distinction est essentielle. Un don ne crée généralement pas d’obligation de remboursement, contrairement à un prêt concessionnel, même lorsque celui-ci comporte un taux d’intérêt réduit et une longue période de remboursement.
Dans le cas des prêts, l’enjeu est également de déterminer si les investissements financés généreront suffisamment de retombées économiques ou de recettes publiques pour contribuer à leur remboursement, sans accroître excessivement la charge supportée par les générations futures.
Des ambitions confrontées aux difficultés des services publics
La recherche de nouveaux financements intervient dans un contexte où les capacités d’exécution de l’État demeurent une préoccupation majeure.
À Port-au-Prince, l’insécurité et les difficultés persistantes de collecte des déchets, d’entretien des infrastructures et de fourniture des services essentiels illustrent l’ampleur des défis auxquels les institutions publiques sont confrontées. Dans ces conditions, l’augmentation des ressources budgétaires ne garantit pas, à elle seule, une amélioration des services rendus à la population.
La question de la gestion des fonds devient donc aussi importante que celle de leur mobilisation. Quels dispositifs de contrôle, de passation des marchés et de publication des dépenses accompagneront les nouveaux programmes ? Comment prévenir les détournements, les dépenses improductives et les retards d’exécution ?
Financer les entreprises plutôt que remplacer les banques ?
Le MEF indique également qu’Haïti figure parmi cinq pays pilotes d’un partenariat entre le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et la Banque mondiale, notamment destiné à améliorer l’accès des petites et moyennes entreprises au financement et à favoriser la création d’emplois.
Cette initiative pourrait répondre à l’un des obstacles importants au développement du secteur privé : les difficultés d’accès au crédit. Mais les modalités restent à préciser.
L’État entend-il intervenir directement dans l’octroi de prêts aux entreprises ou privilégier des mécanismes de garantie et de partage des risques avec les banques commerciales et les institutions de microfinance ?
La seconde approche pourrait notamment permettre de mobiliser des capitaux privés tout en s’appuyant sur des structures financières existantes. Elle nécessiterait néanmoins des critères transparents de sélection des bénéficiaires et des mécanismes rigoureux de suivi des remboursements.
L’objectif ne devrait pas se limiter au volume des crédits accordés, mais inclure le nombre d’entreprises effectivement financées, les emplois créés et maintenus ainsi que les gains de production réalisés.
La résilience climatique également au programme
Au cours des discussions avec le CVF-V20, la délégation haïtienne a réaffirmé son engagement envers le Plan de prospérité climatique du pays.
Les besoins d’investissement dans l’adaptation climatique sont considérables, notamment en matière de drainage, de protection contre les inondations, d’infrastructures résilientes et de développement agricole.
Là encore, l’efficacité dépendra de la sélection des projets, de leur exécution et de leur entretien à long terme.
Au-delà des annonces, la question des résultats
Pour un pays confronté simultanément à une crise sécuritaire, à une contraction prolongée de son économie et à de profondes difficultés institutionnelles, l’accès à des ressources internationales à des conditions favorables peut constituer un levier important.
Mais mobiliser davantage de financements ne constitue pas, en soi, une politique de développement. La question centrale reste celle de leur utilisation : combien sera mobilisé, à quelles conditions, pour financer quels projets, selon quel calendrier et avec quels résultats vérifiables ?
Sans réponses précises à ces interrogations, il sera difficile de déterminer si les nouveaux appuis contribueront réellement à la reprise économique et à l’amélioration des conditions de vie, ou s’ils serviront essentiellement à prolonger le financement des dépenses courantes de l’État.
