Un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) publié en mai 2025 a revu à la baisse les perspectives du marché mondial du travail. L’organisation estimait désormais que 53 millions d’emplois seraient créés dans le monde en 2025, contre 60 millions prévus auparavant, soit 7 millions de créations d’emplois en moins. Cette révision était notamment liée à la montée des tensions géopolitiques, aux perturbations commerciales et à l’affaiblissement des perspectives de croissance mondiale.
Pour Haïti, les conséquences potentielles ne concernent pas seulement le marché du travail national. Une partie importante de l’économie dépend des revenus gagnés à l’étranger par la diaspora, notamment aux États-Unis. Un ralentissement de l’emploi ou des revenus dans les principaux pays d’accueil pourrait donc avoir des répercussions sur les familles qui dépendent des transferts de fonds.
Les perspectives de l’OIT mettent également en évidence une transformation du marché du travail mondial. L’emploi tend progressivement à se déplacer vers des professions plus qualifiées, alors que des écarts importants persistent entre les compétences des travailleurs et celles demandées par les employeurs. Le rapport souligne par ailleurs que les nouvelles technologies, notamment l’intelligence artificielle générative, pourraient transformer les tâches d’une proportion importante des travailleurs.
L’OIT estime aussi que près de 84 millions d’emplois dans 71 pays sont directement ou indirectement liés à la demande des consommateurs américains. Ces emplois et les revenus qui en découlent deviennent plus vulnérables lorsque les tensions commerciales réduisent les échanges ou modifient les chaînes de production. La majorité de ces emplois exposés se trouvent dans la région Asie-Pacifique, tandis que le Canada et le Mexique présentent la plus forte proportion d’emplois liés à la demande américaine.
Pour Haïti, le risque passe par un autre canal : la forte relation économique entre le pays et sa diaspora aux États-Unis. Si un ralentissement économique, des pertes d’emploi ou une diminution des revenus touchent les travailleurs haïtiens à l’étranger, leur capacité à envoyer régulièrement de l’argent à leurs proches pourrait également être affectée.
Les transferts de fonds constituent en effet l’un des principaux piliers financiers des ménages haïtiens. Selon la Banque mondiale, ils représentaient environ 16.3% du PIB d’Haïti en 2024. Ils contribuent au financement de dépenses aussi essentielles que l’alimentation, le logement, les soins de santé et l’éducation.
Alors qu’Haïti est déjà confronté à l’insécurité, à la faiblesse de l’emploi national et à plusieurs années de contraction économique, une diminution du pouvoir d’achat de la diaspora pourrait affaiblir un important filet de sécurité pour de nombreux ménages.
Concrètement, lorsqu’un travailleur haïtien vivant à Miami, New York, Boston ou ailleurs perd son emploi ou voit ses heures de travail diminuer, les conséquences peuvent également être ressenties par sa famille en Haïti. Un transfert moins important peut signifier moins de ressources disponibles pour payer les frais scolaires, acheter de la nourriture, accéder aux soins de santé ou faire face à une dépense imprévue.
Le rapport de l’OIT attire également l’attention sur la diminution de la part du revenu mondial allant au travail. Celle-ci est passée de 53.0% en 2014 à 52.4% en 2024, les reculs les plus importants ayant été observés en Afrique et dans les Amériques. Cela signifie que, même lorsque l’emploi progresse, les travailleurs ne bénéficient pas nécessairement dans les mêmes proportions de la croissance économique.
Pour Haïti, le principal enseignement n’est donc pas que 7 millions d’emplois vont disparaître. Il est que l’économie mondiale devait créer moins d’emplois que prévu, dans un contexte de ralentissement économique et de tensions commerciales. Pour un pays fortement dépendant des revenus de sa diaspora, une détérioration durable du marché du travail dans les pays d’accueil pourrait finir par se transmettre à l’économie haïtienne à travers les transferts de fonds.
I especially like that final distinction because it prevents the article from overstating what the ILO actually found. I would also use « pourrait affecter » rather than « pourrait diminuer fortement » for remittances: the economic transmission mechanism is credible, but the ILO report itself does not establish that a sharp fall in Haitian remittances would result.
