Haïti face au dilemme des subventions énergétiques
Entre protection du pouvoir d’achat et contrainte budgétaire, les subventions énergétiques placent Haïti devant un choix particulièrement délicat.
Alors que les prix de l’énergie restent exposés aux tensions internationales, la question des subventions revient au cœur du débat public. Partout dans le monde, les gouvernements les utilisent pour limiter l’impact de la hausse du carburant et de l’électricité sur les ménages et les entreprises. En Haïti, cet enjeu est particulièrement sensible, car il touche à la fois au coût de la vie, à la stabilité sociale et à des finances publiques déjà fragiles.
À l’échelle mondiale, les montants restent considérables. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les subventions à la consommation de combustibles fossiles ont atteint 620 milliards de dollars en 2023, après avoir dépassé 1 000 milliards de dollars en 2022. Dans les pays à faible revenu et les économies émergentes, le FMI souligne que les subventions explicites à l’énergie dépassent en moyenne 1,5 % du PIB, un poids souvent plus lourd que dans les économies avancées.
En Haïti, les subventions énergétiques prennent surtout deux formes : le carburant et l’électricité. Pour l’électricité, le cas le plus visible est celui de l’EDH. Les subventions à l’entreprise publique ont représenté environ 3 milliards de gourdes au cours de l’exercice 2024. Pour l’exercice 2025, les autorités avaient initialement prévu 7,5 milliards de gourdes dans le budget initial, avant d’envisager une réduction dans le budget rectificatif.
Pour le carburant, le mécanisme reste très exposé aux cours mondiaux. Même si les subventions sont officiellement à zéro depuis l’exercice 2023, cela tient surtout à des prix internationaux plus favorables, et non à la disparition du risque. Avec la récente hausse du pétrole, la pression est revenue sur les finances publiques. L’augmentation récente des prix officiels à la pompe a d’ailleurs déclenché des protestations, signe que le choc énergétique se transmet rapidement au terrain social.
Au final, le débat sur les subventions énergétiques n’est pas seulement budgétaire. Il touche à une question plus profonde : celle de savoir ce que l’on subventionne, pour qui, à quel coût, et qui supporte réellement le poids de l’ajustement dans un pays déjà frappé par la vie chère et la fragilité économique. Selon le président de l’ANADIPP, David Turnier, le gouvernement n’a pas transféré tout le choc international vers les consommateurs. Les importateurs auraient gelé leurs marges, les distributeurs auraient accepté de réduire les leurs, et l’État aurait renoncé à une part importante de ses recettes pétrolières. Cela signifie qu’une partie du choc a été absorbée par les finances publiques.
Au bout du compte, le débat sur les subventions énergétiques dépasse largement la seule question budgétaire. Il renvoie à des choix politiques et sociaux majeurs : que faut-il protéger, qui faut-il aider en priorité, et jusqu’où l’État peut-il absorber le choc. Dans un pays comme Haïti, où la vie chère pèse déjà lourdement sur les ménages, toute décision sur l’énergie révèle en réalité la manière dont le coût de la crise est réparti.

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