La composition des réserves officielles de change évolue progressivement. Depuis le début des années 2000, les banques centrales ont réduit la part de leurs réserves détenue en dollars américains et diversifié leurs portefeuilles. Ce mouvement ne s’est toutefois pas traduit par le remplacement du dollar par une autre grande monnaie.
Au premier trimestre 2026, le dollar représentait encore 57.13 % des réserves mondiales de change, loin devant l’euro, à 20.03 %. Le renminbi chinois n’en représentait que 1.99 %. La transformation observée depuis environ 25 ans ressemble donc davantage à une diversification graduelle qu’à une rupture du système monétaire international.
- La part du dollar est passée d’environ 71 % au début des années 2000 à 57.13 % au premier trimestre 2026.
- Le recul du dollar n’a pas principalement profité à l’euro, au yen ou à la livre sterling, mais à un ensemble de monnaies plus petites.
- Le renminbi chinois reste marginal dans les réserves mondiales et sa progression s’est essoufflée depuis 2022.
Que mesure l’indicateur COFER ?
La base de données Currency Composition of Official Foreign Exchange Reserves, ou COFER, est publiée chaque trimestre par le Fonds monétaire international. Elle présente la répartition mondiale des réserves de change entre le dollar, l’euro, le renminbi, le yen, la livre sterling, les dollars australien et canadien, le franc suisse et les autres monnaies.
Les données sont transmises volontairement par 147 autorités monétaires. La composition individuelle des réserves de chaque pays demeure confidentielle : le FMI ne publie que des agrégats mondiaux.
COFER ne couvre pas l’ensemble des actifs de réserve. L’or monétaire et les avoirs en droits de tirage spéciaux ne sont notamment pas inclus dans les réserves de change présentées par cette base. Une hausse de la place de l’or dans les réserves officielles ne correspond donc pas nécessairement à une baisse équivalente de la part du dollar dans COFER.
Le dollar est passé d’environ 71 % à 57 %
Au début des années 2000, environ 71 % des réserves mondiales de change étaient libellées en dollars américains. Cette proportion est aujourd’hui proche de 57 %, soit une baisse d’environ 14 points de pourcentage.
Le recul n’a pas été linéaire. La part du dollar a fortement diminué au début des années 2000, avant de connaître des périodes de stabilisation et de remontée. Elle a ensuite repris une tendance baissière après le milieu des années 2010, pour évoluer autour de 58 % au cours des dernières années.
Cette baisse de long terme ne signifie pas nécessairement que les banques centrales vendent continuellement leurs actifs en dollars. Les variations des taux de change modifient également la valeur relative des réserves lorsqu’elles sont exprimées en dollars.
Ainsi, au premier trimestre 2026, la part du dollar est remontée de 56.42 % à 57.13 %. Selon le FMI, environ la moitié de cette augmentation provenait de l’appréciation du dollar face aux autres grandes monnaies, plutôt que d’une réallocation active des portefeuilles.
L’euro n’a pas remplacé le dollar
Au lancement de l’euro, la monnaie européenne représentait environ 18 % des réserves mondiales. Sa part a progressé pour approcher 28 % autour de 2009, alimentant l’idée qu’elle pourrait devenir une véritable concurrente du dollar.
Cette progression ne s’est pas poursuivie. La part de l’euro a ensuite reculé et évolue aujourd’hui autour de 20 %. Au premier trimestre 2026, elle s’établissait à 20.03 %, contre 20.38 % à la fin de 2025.
Le dollar représente ainsi près de deux fois la part cumulée de l’euro, du yen et de la livre sterling. Aucune de ces trois monnaies traditionnelles n’a capté une part suffisante du recul du dollar pour modifier fondamentalement la hiérarchie mondiale.
Réserves mondiales de change
Composition par monnaie au premier trimestre 2026
Part de chaque monnaie dans les réserves officielles de change déclarées au Fonds monétaire international.
Les réserves mondiales de change atteignaient environ 13.10 billions de dollars américains au premier trimestre 2026, contre 13.15 billions au trimestre précédent.
La diversification profite aux monnaies non traditionnelles
La principale transformation ne réside pas dans le passage du dollar à une monnaie dominante de remplacement. Elle réside plutôt dans la multiplication des monnaies utilisées par les banques centrales.
La part combinée des monnaies dites non traditionnelles est passée d’environ 2 % au début des années 2000 à plus de 10 % au cours des dernières années. Cette catégorie comprend notamment les dollars australien et canadien, le renminbi, le won sud-coréen, le dollar de Singapour et plusieurs monnaies nordiques.
Le FMI avance plusieurs explications. Ces monnaies permettent de diversifier les risques et peuvent offrir des rendements relativement attractifs. Les progrès technologiques ont également facilité leur achat, leur vente et leur gestion, même lorsque leurs marchés sont moins importants que ceux du dollar ou de l’euro.
Cette diversification semble assez large. Une étude du FMI avait identifié 46 pays détenant au moins 5 % de leurs réserves dans des monnaies non traditionnelles à la fin de 2020. D’autres pays avaient rejoint ce groupe en 2023. Le mouvement ne dépend donc pas uniquement de quelques grands détenteurs de réserves.
Le renminbi reste loin derrière
L’intégration du renminbi dans les réserves officielles constitue l’une des évolutions importantes de la dernière décennie. Le FMI a commencé à l’identifier séparément dans COFER au quatrième trimestre 2016, après son intégration au panier des droits de tirage spéciaux.
Sa progression reste cependant limitée. Le renminbi ne représentait que 1.99 % des réserves au premier trimestre 2026. Il demeure derrière le yen, la livre sterling et les dollars canadien et australien.
Le FMI observe également que sa part a reculé depuis 2022, même après correction des effets de change. Cela indique que l’internationalisation de la monnaie chinoise ne se traduit pas encore par une progression régulière de son rôle comme monnaie de réserve.
Une dédollarisation lente, pas un effondrement du dollar
Le terme « dédollarisation » est souvent utilisé pour décrire toute réduction de l’utilisation internationale du dollar. Les données COFER montrent bien une érosion de sa part dans les réserves, mais pas une sortie rapide ou généralisée.
Le FMI ne relève pas d’accélération statistiquement démontrée du recul du dollar au cours des dernières années. Les sanctions financières, les tensions géopolitiques et la fragmentation de l’économie mondiale peuvent encourager certains pays à chercher des solutions de remplacement, mais le mouvement agrégé demeure lent.
Le dollar conserve plusieurs avantages difficiles à reproduire : un marché financier profond, une grande disponibilité d’actifs liquides, une forte utilisation dans le commerce et la finance internationale, ainsi qu’un vaste réseau d’institutions capables d’effectuer des transactions dans cette monnaie.
La baisse de sa part doit donc être interprétée comme une réduction graduelle de sa domination, et non comme la fin prochaine de son rôle central.
Une architecture monétaire plus diversifiée, mais toujours centrée sur le dollar
En un peu plus de deux décennies, le système mondial de réserves est devenu moins concentré. La part du dollar a sensiblement reculé, tandis qu’un groupe croissant de monnaies secondaires a gagné du terrain.
Aucune devise ne s’est toutefois imposée comme véritable remplaçante. L’euro reste autour de 20 %, le renminbi demeure proche de 2 % et les autres monnaies se partagent des parts relativement modestes.
La principale tendance n’est donc pas le passage d’un système dominé par le dollar à un système dominé par une autre monnaie. Il s’agit plutôt du passage progressif à un portefeuille mondial plus diversifié, dans lequel le dollar reste de loin la principale monnaie de réserve.
