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CEDEAO : histoire, objectifs et rôle dans l’intégration ouest-africaine

Créée en 1975, la CEDEAO vise à renforcer le commerce, la libre circulation et la coopération entre les pays d’Afrique de l’Ouest. Retour sur son histoire, ses institutions, ses réalisations et les défis qui fragilisent aujourd’hui l’intégration régionale.

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, mieux connue sous le sigle CEDEAO, est une organisation régionale créée le 28 mai 1975 par le Traité de Lagos. Son objectif initial était de rapprocher les économies ouest-africaines, de développer les échanges entre les pays de la région et de favoriser une croissance économique mieux coordonnée.

Les premières initiatives d’intégration régionale avaient toutefois commencé plusieurs années auparavant. En 1964, le président libérien William Tubman proposa la création d’une union économique ouest-africaine. Une nouvelle impulsion fut donnée en 1972 par le chef de l’État nigérian Yakubu Gowon et le président togolais Gnassingbé Eyadéma, dont les démarches contribuèrent directement à l’élaboration du Traité de Lagos.

De 15 membres fondateurs à 12 membres aujourd’hui

Quinze pays ont participé à la création de la CEDEAO en 1975 : le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo. Le Cap-Vert a rejoint l’organisation en 1976, tandis que la Mauritanie s’en est retirée en décembre 2000.
Le 29 janvier 2025, le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger est devenu effectif. La CEDEAO est depuis composée de 12 États : le Bénin, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la Gambie, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Liberia, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Leone et le Togo.

La CEDEAO a néanmoins demandé que les passeports et cartes d’identité portant son logo continuent d’être reconnus pour les citoyens des trois pays sortants. Elle a également maintenu, jusqu’à nouvel ordre, les droits de circulation sans visa, de résidence et d’établissement ainsi que certains avantages commerciaux pendant la définition des futures relations avec ces États.

Vers une union économique régionale

Le Traité révisé de 1993 définit comme objectif la création progressive d’une union économique en Afrique de l’Ouest. Celle-ci doit contribuer à relever le niveau de vie, renforcer la stabilité économique, favoriser les relations entre les États et soutenir le développement du continent africain.

Le projet d’intégration repose notamment sur :

  • la réduction des obstacles au commerce régional ;
  • la création d’une union douanière ;
  • l’harmonisation des politiques économiques, fiscales et monétaires ;
  • la libre circulation des personnes, des services et des capitaux ;
  • la coordination des politiques agricoles, industrielles, énergétiques et de transport ;
  • et, à terme, la création d’une union monétaire et d’une monnaie régionale unique.

L’union monétaire reste toutefois un objectif institutionnel plutôt qu’une réalisation pleinement achevée. Le traité prévoit notamment l’harmonisation des politiques monétaires et financières, la création d’une banque centrale régionale et l’introduction éventuelle d’une monnaie commune.

Libéralisation des échanges

Le Schéma de libéralisation des échanges de la CEDEAO vise à permettre aux produits répondant aux règles d’origine communautaires de circuler entre les États participants avec une réduction ou une suppression des droits de douane. Il constitue l’un des principaux instruments utilisés pour développer le commerce à l’intérieur de la région.

La mise en œuvre du Tarif extérieur commun a débuté en janvier 2015. Ce dispositif prévoit l’application de droits de douane communs aux marchandises provenant de pays extérieurs à la région et constitue une étape importante vers la consolidation d’une union douanière.

La création de règles communes ne signifie cependant pas que tous les obstacles au commerce régional ont disparu. L’efficacité du marché commun dépend aussi de l’application des textes par les administrations nationales, de la modernisation des douanes, des infrastructures de transport et de la réduction des barrières non tarifaires.

Libre circulation des personnes

Le Protocole sur la libre circulation des personnes, le droit de résidence et d’établissement a été adopté le 29 mai 1979. Il prévoit trois étapes : le droit d’entrée sans visa, le droit de résidence et le droit d’établissement dans un autre État membre.

Un citoyen communautaire muni de documents de voyage valides peut, en principe, entrer sans visa dans un autre État membre pour un séjour ne dépassant pas 90 jours. La mise en œuvre des droits de résidence et d’établissement repose également sur des protocoles additionnels et sur leur application par les autorités nationales.

Ce cadre juridique a facilité la mobilité des travailleurs, des commerçants et des familles dans une région où les déplacements transfrontaliers jouent depuis longtemps un rôle économique et social important.

Transport, énergie et communications

La CEDEAO cherche aussi à renforcer l’intégration physique de la région. Le Traité révisé encourage la coordination des réseaux routiers et de transport, le développement des télécommunications, l’interconnexion des réseaux électriques et la mise en place de politiques énergétiques communes.

Ces projets doivent réduire les coûts de circulation des personnes et des marchandises, améliorer l’accès à l’énergie et rendre les économies nationales moins isolées. Leur réalisation demeure toutefois dépendante des investissements, de la coopération entre les États et de la situation sécuritaire dans certaines zones.

Une organisation économique et sécuritaire

Bien qu’elle ait d’abord été conçue comme une organisation économique, la CEDEAO a progressivement élargi son rôle aux questions politiques, institutionnelles et sécuritaires. Le Traité révisé de 1993 fait de la paix, de la stabilité et de la sécurité régionales des conditions essentielles du développement économique. Il prévoit des mécanismes de prévention et de résolution des conflits ainsi que la possibilité de déployer des forces de maintien de la paix.

À partir de 1990, la force régionale ECOMOG est notamment intervenue au Liberia et en Sierra Leone. Le dispositif régional de sécurité a ensuite évolué vers d’autres mécanismes, dont la Force en attente de la CEDEAO.

Une intégration régionale encore inachevée

Cinquante ans après sa création, la CEDEAO a contribué à établir des règles communes en matière de commerce, de mobilité, de coopération économique et de sécurité. Elle a également créé des institutions régionales comme le Parlement communautaire, la Cour de justice et la Commission de la CEDEAO.

Cependant, l’intégration économique reste incomplète. Le commerce entre les pays membres demeure confronté à des difficultés administratives et logistiques, la monnaie commune n’a pas encore été mise en place et le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger constitue un défi majeur pour la cohésion régionale.

La CEDEAO demeure ainsi à la fois un projet économique, une institution politique et un mécanisme de coopération sécuritaire. Son avenir dépendra de sa capacité à produire des résultats concrets pour les populations, à préserver la libre circulation et à reconstruire une coopération durable entre les différents pays d’Afrique de l’Ouest.

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