Le gouvernement dirigé par Ariel Henry a annoncé, le 14 septembre 2022, une forte augmentation des prix des produits pétroliers, trois jours après que le Premier ministre eut fait part de sa volonté de revoir les tarifs à la pompe.
Avec le retrait annoncé de la subvention, le prix de la gazoline devait passer de 250 à 570 gourdes le gallon, soit une hausse de 320 gourdes ou 128 %. Le diesel devait augmenter de 353 à 670 gourdes, soit près de 90 %, tandis que le kérosène devait passer de 352 à 665 gourdes, en hausse d’environ 89 %.
Le ministère de la Communication expliquait alors que les prix pratiqués en Haïti demeuraient nettement inférieurs à ceux du marché international. Il précisait également que, même après l’ajustement, la totalité des taxes ne serait pas appliquée sur la gazoline et que l’État continuerait à subventionner ce produit à hauteur de 158 gourdes par gallon.
Le gouvernement invoque l’épuisement des ressources publiques
Intervenant le 14 septembre 2022 à l’émission Panel Magik, le ministre des Affaires sociales et du Travail, Odney Pierre Ricot, avait défendu la décision du gouvernement en affirmant que les subventions et les taxes auxquelles l’État avait renoncé représentaient environ 400 millions de dollars américains en huit mois.
Selon lui, les dépenses consacrées au soutien des prix avaient largement dépassé le plafond recommandé par le Fonds monétaire international et atteint environ 46 milliards de gourdes. Il soutenait que l’État ne disposait plus de recettes suffisantes pour maintenir le dispositif.
Le ministre avait promis la mise en œuvre de mesures sociales destinées à atténuer les effets de l’augmentation sur la population. Il avait également appelé les citoyens à mettre fin aux protestations provoquées par l’annonce de la hausse.
Ces promesses posaient toutefois une question essentielle : quelles mesures concrètes pouvaient réellement protéger les ménages contre une augmentation aussi brutale du carburant, et dans quels délais seraient-elles appliquées ?
Une hausse au pire moment pour les ménages
L’ajustement intervenait dans un contexte économique et social particulièrement difficile. L’inflation dépassait déjà 30 %, tandis qu’une grande partie de la population faisait face à l’insécurité alimentaire. Le pouvoir d’achat s’effondrait, la classe moyenne s’appauvrissait et de nombreuses entreprises peinaient à poursuivre leurs activités.
À cela s’ajoutaient l’insécurité, les blocages routiers et le contrôle exercé par les groupes armés sur plusieurs zones stratégiques du pays. Dans de telles conditions, l’augmentation du carburant ne pouvait rester limitée aux stations-service. Elle menaçait de se répercuter sur le transport public, les aliments, l’électricité, la production locale et pratiquement tous les biens acheminés par route.
Pour de nombreux ménages, la décision signifiait donc une nouvelle hausse immédiate du coût de la vie, sans garantie que les dispositifs sociaux annoncés seraient suffisants ou rapidement accessibles.
Le soutien américain à la réduction des subventions
La suppression des subventions correspondait également à une orientation soutenue depuis longtemps par certains partenaires internationaux d’Haïti.
Brian Nichols, secrétaire d’État adjoint américain chargé des affaires de l’hémisphère occidental, avait déclaré : « L’une des raisons pour lesquelles les États-Unis soutiennent Ariel est qu’il coupe la subvention du gaz, ce que nous voulions depuis longtemps. »
Cette déclaration renforçait l’impression que la décision ne répondait pas uniquement à une urgence budgétaire interne, mais s’inscrivait également dans un programme de réformes encouragé par les partenaires étrangers.
Elle soulevait aussi une interrogation politique : pourquoi faire supporter aussi rapidement le coût de l’ajustement à une population déjà appauvrie, alors que les pertes de recettes publiques liées à la corruption, à la contrebande et à la faiblesse de l’administration fiscale demeuraient considérables ?
La question des revenus perdus par l’État
Dans une adresse à la nation, Ariel Henry avait lui-même affirmé que les douanes de Port-au-Prince perdaient chaque année plus de 600 millions de dollars américains en raison de la corruption et de la contrebande.
Ce montant dépassait les sommes que le gouvernement disait ne plus pouvoir consacrer aux subventions pétrolières. Pourtant, au lieu de présenter un plan détaillé pour récupérer ces recettes, lutter contre les réseaux de contrebande et renforcer les douanes, le gouvernement avait choisi une mesure dont les conséquences seraient immédiatement ressenties par l’ensemble de la population.
La nécessité de réformer le système de subventions pouvait être discutée. Mais une réforme aussi brutale, réalisée sans filet social clairement établi, sans amélioration préalable du transport public et sans progrès visible dans la récupération des revenus perdus, risquait d’aggraver une crise économique déjà profonde.
En faisant plus que doubler le prix de la gazoline dans un pays confronté à l’inflation, à la faim et à l’insécurité, Ariel Henry ne procédait pas à un simple ajustement tarifaire. Il prenait une décision susceptible d’enflammer davantage une situation sociale déjà explosive.
Avec le retrait de la subvention, les prix suivants seront pratiqués : Gazoline 570 gourdes | Diesel 670 gourdes | Kérosène 665 gourdes. La totalité des taxes n’est pas appliquée sur la gazoline. L’Etat subventionne le produit à hauteur de 158 gourdes. [2/2]
— Communication Haïti (@MCHaiti) September 14, 2022
