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Gourde haïtienne en 2018 : pourquoi elle se dépréciait face au dollar

En 2018, la gourde continuait de perdre de la valeur face au dollar. Cette dépréciation ne s’expliquait pas par un seul facteur, mais par la demande de devises, le déficit commercial, l’inflation, la politique monétaire et l’incertitude économique.

En juin 2018, la gourde haïtienne continuait de perdre de la valeur face au dollar américain, après l’appréciation temporaire observée à la suite d’interventions de la Banque de la République d’Haïti (BRH) sur le marché des changes l’année précédente.

Cette évolution ne pouvait toutefois pas être attribuée à un seul facteur. La demande de dollars liée aux importations, l’inflation, les anticipations des agents économiques, la politique monétaire, les entrées de devises et l’environnement politique pouvaient tous influencer le taux de change.

Pour suivre la situation actuelle, consultez notre page Taux de change USD/HTG en Haïti, qui présente le taux de référence de la BRH et son évolution récente

À cette période, un autre élément attirait l’attention : la Réserve fédérale américaine poursuivait le resserrement de sa politique monétaire.

La Réserve fédérale relève ses taux

Le 13 juin 2018, la Réserve fédérale américaine a relevé de 0.25 point son taux directeur, portant la fourchette cible du taux des fonds fédéraux à 1.75 %–2 %. La Fed expliquait alors que le marché du travail américain continuait de se renforcer et que l’activité économique progressait à un rythme soutenu.

Une hausse des taux américains peut rendre les actifs libellés en dollars plus attractifs et, toutes choses égales par ailleurs, soutenir la monnaie américaine sur les marchés internationaux.

Mais cela ne signifie pas automatiquement que la gourde doit se déprécier chaque fois que la Fed augmente ses taux. Pour Haïti, l’évolution du taux USD/HTG dépend aussi de facteurs beaucoup plus directement liés à l’économie nationale.

Une économie qui demande beaucoup de dollars

L’un des facteurs importants est le déséquilibre entre les importations et les exportations. Haïti achète à l’étranger une grande quantité de carburants, de produits alimentaires, de biens de consommation, d’équipements et d’intrants. Ces transactions créent une demande régulière de devises, notamment de dollars américains. Les relations commerciales avec les États-Unis illustrent cette situation.

En 2017, les États-Unis ont exporté 1.423 milliard de dollars de marchandises vers Haïti, tandis qu’ils en ont importé environ 919 millions en provenance d’Haïti. Le commerce bilatéral de marchandises représentait donc environ 2.34 milliards de dollars, avec un excédent américain de 503.8 millions de dollars, autrement dit, un déficit équivalent du côté haïtien.

Un déficit commercial ne provoque cependant pas mécaniquement une dépréciation de la monnaie. Il signifie plutôt que les achats à l’étranger dépassent les ventes à l’étranger. Lorsque cette situation génère une demande de devises supérieure aux entrées disponibles par les exportations, elle peut contribuer aux pressions sur le marché des changes. D’autres entrées de devises, notamment les transferts de fonds de la diaspora, peuvent en compenser une partie.

Le taux de change dépend aussi de facteurs internes

La valeur de la gourde ne dépend donc pas uniquement de ce qui se passe aux États-Unis. En Haïti, plusieurs facteurs peuvent influencer la demande de dollars et les anticipations concernant la monnaie :

  • l’évolution des prix et de l’inflation ;
  • la croissance de la masse monétaire et du crédit ;
  • le financement monétaire du déficit public ;
  • le niveau des réserves internationales ;
  • les transferts de fonds ;
  • les exportations et les importations ;
  • les interventions de la BRH sur le marché des changes ;
  • la confiance dans l’environnement économique et politique.

Une intervention de la banque centrale peut augmenter temporairement l’offre de dollars et réduire les pressions sur le taux de change. Mais son effet peut être limité si les déséquilibres qui alimentent la demande de devises persistent.

Les tensions commerciales internationales ajoutaient une incertitude

L’environnement international était lui aussi particulièrement incertain en 2018, alors que les tensions commerciales entre les États-Unis et plusieurs de leurs partenaires s’intensifiaient.

À l’époque, certaines simulations économiques étudiaient les conséquences d’une forte escalade du protectionnisme. Un document de travail de la Banque mondiale citait notamment une estimation selon laquelle une hausse généralisée des barrières commerciales jusqu’aux niveaux maximaux autorisés pourrait entraîner une baisse annuelle du commerce mondial d’environ 9 % dans un scénario sévère. Il s’agissait d’une simulation de risque et non d’une prévision selon laquelle une telle contraction allait nécessairement se produire.

Pour une petite économie ouverte comme Haïti, un ralentissement important des échanges mondiaux pouvait avoir des effets indirects à travers les exportations, les prix des importations, l’investissement et l’activité de ses principaux partenaires.

L’incertitude politique pouvait également peser

À ces facteurs économiques s’ajoutait un environnement politique haïtien de plus en plus tendu.

L’instabilité ne détermine pas directement un taux de change quotidien, mais une forte incertitude peut influencer les décisions des entreprises et des ménages : reporter un investissement, conserver davantage de dollars, transférer des capitaux ou réduire l’exposition à la monnaie locale.

Elle peut donc contribuer à la pression sur la gourde lorsqu’elle s’ajoute à des déséquilibres économiques déjà importants.

La dépréciation de la gourde ne s’explique pas par un seul facteur

La hausse des taux américains constituait donc un élément du contexte international en 2018, mais elle ne suffisait pas à expliquer à elle seule la baisse de la gourde.

Les pressions sur la monnaie haïtienne reflétaient plutôt une combinaison de facteurs : forte demande de devises pour financer les importations, faiblesse relative des exportations, inflation, politique monétaire, anticipations économiques et incertitude politique.

C’est cette combinaison qu’il faut examiner pour comprendre l’évolution du taux de change, plutôt que d’attribuer les mouvements de la gourde à une seule décision de la Réserve fédérale.

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